La Réunion : Six personnes jugées pour « discrimination » à l'encontre d'une universitaire métropolitaine

PROCES Les prévenus auraient préféré la nomination d’un Réunionnais au poste de maître de conférence et l’ont fait savoir

20 Minutes avec agences

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Dans un tribunal (illustration)
Dans un tribunal (illustration) — Jean-Marc Quinet/ISOPIX/SIPA

Plusieurs représentants d’associations ou militants identitaires de La Réunion ont comparu ce jeudi devant le tribunal correctionnel de Saint-Denis pour « provocation à la discrimination en raison de l’origine ». Ils auraient critiqué, avec des propos parfois haineux, une universitaire de Vendée qui avait été nommée à un poste local. La décision de justice sera rendue le 3 septembre prochain.

Ils réclamaient la nomination d’un Réunionnais

En juin 2006, après un concours de l’université de La Réunion, Virginie Chaillou-Atrous avait été nommée maître de conférence en « Histoire de l’esclavage, de l’engagisme et de l’économie des colonies dans les îles du Sud-Ouest de l’océan Indien aux XVIIIe et XIXe ». Elle s’était classée première, devant un universitaire réunionnais.

Sa nomination avait provoqué la colère de certaines associations et de certains universitaires locaux qui voulaient la nomination du Réunionnais. L’affectation de Virginie Chaillou-Atrous a finalement été annulée par le tribunal administratif pour des irrégularités dans la procédure de recrutement.

Mais après des propos jugés « haineux » sur des blogs et réseaux sociaux, l’universitaire a porté plainte au pénal pour « diffamation », « injures publiques » et « provocation à la discrimination en raison de l’origine ».

Ils assument leur propos devant le tribunal

Six personnes, des représentants d’associations, des militants identitaires et le dirigeant d’un site internet, étaient poursuivies. A la barre, ils ont assumé. « Pendant que des hauts diplômés réunionnais ne trouvent pas de travail, on choisit la préférence hexagonale », a souligné Ghislaine Mithra, de l’association Rasin kaf (racines noires). « On nous reproche le mot "zorey" (Métropolitain), ce n’est pas une injure, c’est un terme couramment utilisé dans la société réunionnaise, au même titre que le kaf (Noir) ou le malbar (Indien) », a-t-elle ajouté.

Dans un message, Virginie Chaillou-Atrous était qualifiée de « zorey imbue de ses compétences ». « C’est arrogant et méprisant de venir traiter les gens de la sorte, après une décision de suspension de candidature », a déclaré Erick Murin du Conseil représentatif des associations noires.

« Elle défend son honneur et sa réputation »

« Virginie Chaillou-Atrous ne défend pas ici un poste, elle défend son honneur et sa réputation », a plaidé Me Caroline Chane, avocate de la plaignante, absente de l’audience. « On l’a appelée la "Nantaise", elle est Vendéenne. Elle habite à Challans, pas à Nantes. Mais Challans c’est moins vendeur que Nantes ou Bordeaux, il n’y a pas eu de port de traite négrière à Challans ».

« Certains des propos tenus constituent des infractions pénales, a minima des injures », a souligné la procureure, sans prendre de réquisition. La défense a plaidé la relaxe.