Génocide au Rwanda : La justice française confirme le non-lieu dans l’attentat contre le président Habyarimana

AVION ABATTU Les avocats des familles de victimes, dont celle de l’ancien président Juvénal Habyarimana, ont annoncé qu’ils formaient un pourvoi en cassation

20 Minutes avec AFP

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Des funérailles à Kigali pour 84.000 victimes du génocide, en 2019.
Des funérailles à Kigali pour 84.000 victimes du génocide, en 2019. — Yasuyoshi CHIBA / AFP

Après six mois de délibérations et 20 ans d’enquête, la cour d’appel de Paris a confirmé ce vendredi le non-lieu rendu sur l’attentat contre l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana. Cet épisode avait déclenché le génocide de 1994.

Les magistrats de la chambre de l’instruction de la cour d’appel ont confirmé la décision des juges antiterroristes qui ont ordonné le 21 décembre 2018 d’abandonner les poursuites contre neuf membres ou anciens membres de l’entourage de l’actuel président rwandais Paul Kagame. Les avocats de la famille Habyarimana et de celles de l’équipage français de l’avion ont annoncé qu’ils formaient un pourvoi en cassation.

Une « chape de plomb » sur un dossier sensible

A défaut d’un procès immédiat, ils espéraient à minima que la cour ordonne la réouverture des investigations, dans le but d’obtenir un rapport secret de 2003 du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), qui attribuait la responsabilité de l’attaque au clan Kagame.

« C’est une décision qui ne nous surprend pas, malheureusement » mais « ça ne met pas fin au combat des parties civiles, le combat d’une vie », a réagi à la sortie de l’audience Me Philippe Meilhac, l’avocat d’Agathe Habyarimana. Il a dénoncé une « chape de plomb » et « une connotation politique omniprésente » dans ce dossier, citant des propos récents du président Kagame. « Vouloir rouvrir un dossier classé, c’est vouloir créer des problèmes », avait mis en garde cette semaine le président rwandais dans un entretien à Jeune Afrique au sujet de cette affaire qui empoisonne les relations diplomatiques franco-rwandaises depuis plus de 20 ans.

Un avion abattu en plein atterrissage

Pour les avocats de la défense, Me Léon-Lef Forster et Bernard Maingain, cette décision de 64 pages, qui n’a pas encore été communiquée aux parties, « est une étape fondamentale ». « Parler de satisfaction serait aller trop loin, mais c’est déjà une étape qui est une forme de soulagement », a déclaré Me Forster, déplorant un pourvoi en cassation qui constitue selon lui une nouvelle « manœuvre dilatoire » des parties civiles.

Le 6 avril 1994, l’avion transportant Juvénal Habyarimana, un Hutu, et le président burundais Cyprien Ntaryamira avait été abattu en phase d’atterrissage vers Kigali par au moins un missile. Cet attentat est considéré comme le déclencheur du génocide qui fit plus de 800.000 morts selon l’ONU, principalement dans la minorité tutsie.

Qui est l’auteur du tir fatal sur l’avion présidentiel ? Les enquêteurs français ont longtemps privilégié la responsabilité des rebelles tutsis menés par Paul Kagame, devenu président du pays en 2000, avant de s’orienter – sans davantage aboutir – vers une implication d’extrémistes hutus, soucieux de se débarrasser d’un président trop modéré à leurs yeux.