Terrorisme : « Chef de guerre », « djihadiste intégral »… Réclusion criminelle à perpétuité requise contre Tyler Vilus

PROCÈS L'avocat général a requis la peine maximale - la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une peine de sûreté de 22 ans - contre Tyler Vilus, premier Français à être jugé pour des crimes en Syrie

Caroline Politi

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Tyler Vilus, au premier jour de son procès
Tyler Vilus, au premier jour de son procès — Benoit PEYRUCQ / AFP

Souffrant, il avait dû s’interrompre jeudi après-midi, en plein milieu de ses réquisitions. Ce vendredi, Guillaume Michelin, l’avocat général officiant au procès de Tyler Vilus -premier Français à comparaître pour sa participation à des meurtres en Syrie et l’un des rares à être jugés pour avoir dirigé un groupe de combattants- avait retrouvé des couleurs et sa verve offensive. Décrivant le Troyen de 30 ans comme un « djihadiste intégral », dont l’intelligence est mise « au service d’une dialectique diabolique », il a requis la peine maximale.

« L’incarcération à perpétuité est la seule solution. Avec la période de sûreté maximale qui n’est que de 22 ans, hélas. Hélas… », a insisté le magistrat, invitant la cour d’assises spécialement composée à « mettre un terme définitif à ce carnage ». S’il note que l’administration pénitentiaire décrit un détenu poli, courtois et apprécié des surveillants, son comportement relève, à ses yeux, de la « duperie », « un jeu de cache-cache qu’il utilise depuis des années pour continuer à commettre des atrocités ».

« Expéditions assassines »

Arrivé en Syrie dès l’automne 2012, l'accusé, petite natte et barbe fournie, a pris au cours de l’été 2013 la tête d’un groupe de combattants français. Bien qu'il ait reconnu les faits, il n’a eu de cesse, tout au long du procès, de minimiser son rôle, se présentant comme un « porte-parole » désigné par ses pairs pour aller négocier avec d’autres chefs de groupe. Une version des faits qui n’a guère convaincu le représentant du ministère public. S’appuyant notamment sur des messages envoyés par l'accusé lui-même à sa mère - « je suis devenu émir », lui écrit-il en août 2013 - ou des posts sur sa page Facebook, le magistrat avait décrit, jeudi, « un chef de guerre qui se lance dans des expéditions assassines » et commet «des atrocités».

Mais c’est pour sa participation à un double meurtre, dont la vidéo a été diffusée sur Internet au printemps 2014, que Tyler Vilus encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Certes, il n’est pas celui qui appuie sur la gâchette, mais apparaît au premier plan, à quelques mètres des deux victimes syriennes. Lui, assure avoir assisté par hasard à cette exécution publique, en rentrant de la mosquée. Pour l’avocat général, son positionnement « à côté de l’homme qui donnera le top et le bourreau », ainsi que son équipement – il a notamment un talkie-walkie à la main – font de lui bien plus qu’un simple témoin. « Il n’est pas celui qui tire mais il est l’un de ceux qui participent à la sécurisation de la scène de crime. »

«Lui seul le sait»

Reste une question en suspens, Tyler Vilus faisait-il partie du commando du 13 novembre, comme l’ont un temps pensé les magistrats instructeurs sans jamais parvenir à l’établir formellement. «Lui seul le sait», a estimé l'avocat général. S’il a reconnu pendant son procès avoir quitté la Syrie à l’été 2015 pour «mourir les armes à la main», il n’a pas détaillé son projet. «Vous avez à juger un homme qui a massacré en Syrie, qui s’est entraîner à tuer en Syrie, pour tuer en France. Peut-on attendre de cet homme une capacité à s’amender ?», a insisté l’avocat général.

Le verdict est attendu tard dans la soirée.