Affaire Epstein : Où en est l’enquête en France, un an après l’arrestation du milliardaire ?

PEDOCRIMINALITE Un an après l’arrestation de Jeffrey Epstein aux Etats-Unis, les policiers français continuent d’enquêter pour savoir s’il n’a pas fait de victimes en France

V. Vantighem (avec T.C. et P. B.)

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Jeffrey Epstein en juillet 2013 (photo d'illustration)
Jeffrey Epstein en juillet 2013 (photo d'illustration) — AFP
  • Le 6 juillet 2019, le milliardaire Jeffrey Epstein était arrêté aux Etats-Unis et inculpé pour « trafic de mineurs ».
  • Après son suicide en détention le 10 août 2019, le parquet de Paris avait ouvert une enquête pour vérifier s’il avait pu faire des victimes françaises.
  • Si la police américaine a arrêté ce jeudi Ghislaine Maxwell, soupçonnée d’être une complice d’Epstein, les investigations n’ont pas permis d’avancées spectaculaires dans l’Hexagone, mais se poursuivent notamment autour de la personne de Jean-Luc Brunel, proche du milliardaire.

Champagne rosé et entrecôtes grillées. Ce 5 juillet 2019, le ticket d’entrée au Paris Country Club est fixé à 1.300 dollars pour une « White Party ». Pull nonchalamment jeté sur les épaules comme le montrent les photos de la fête diffusées sur Facebook, Jean-Luc Brunel prend du bon temps sans se douter que son existence va basculer le lendemain matin. A près de 6.000 kilomètres de là, sur le tarmac de l’aéroport de Teterboro (New-Jersey, Etats-Unis), son « ami » milliardaire Jeffrey Epstein est en effet arrêté à la descente de son jet privé, en provenance de… Paris. Immédiatement, il est inculpé pour « trafic de mineures ».

Le retentissement est mondial. D’autant plus qu’Epstein finit, le 10 août, par se suicider dans sa cellule de la prison du Metropolitan Correctionnel Center de New-York. Mais les investigations sont lancées. En France, le parquet ouvre une enquête préliminaire pour « viols » le 23 août afin de savoir si le milliardaire n’aurait pas fait de victimes, notamment à Paris, où il dispose, avenue Foch, d’un magnifique appartement d’une cinquantaine de pièces réparties sur 800 m².

L'appartement parisien de Jeffrey Epstein a fait l'objet d'une perquisition de treize heures, lundi 23 septembre.
L'appartement parisien de Jeffrey Epstein a fait l'objet d'une perquisition de treize heures, lundi 23 septembre. - JACQUES DEMARTHON / AFP

Au moins quatre jeunes femmes ont dénoncé Brunel

Un an après, les enquêteurs de l’Office central pour la répression de la violence aux personnes (OCRVP) continuent de plancher sur le dossier Epstein et sur tous ceux soupçonnés de lui avoir « fourni » des jeunes filles, parmi lesquels Jean-Luc Brunel, agent de mannequins. Ainsi, plusieurs jeunes femmes ont répondu à l’appel à témoin lancé, en septembre, par les policiers.

Certaines d’entre elles ont dénoncé des faits d’agressions, de viols et même de séquestration. Notamment dans la résidence des îles Vierges que Jeffrey Epstein possédait. Les accusations visent aussi Jean-Luc Brunel. Selon nos informations, au moins quatre jeunes femmes l’ont cité nommément devant les policiers. D’autres ont aussi dévoilé le nom d’autres agresseurs gravitant dans le milieu du show-business. Pour autant, leurs témoignages n’ont pas permis d’avancées « spectaculaires » sur le plan judiciaire, selon une source proche de l’enquête. Tout simplement parce que les enquêteurs estiment que l’essentiel des faits dénoncés sont aujourd’hui prescrits.

L'agent français Jean-Luc Brunel le 5 juillet 2019 à la soirée blanche du Paris Country Club.
L'agent français Jean-Luc Brunel le 5 juillet 2019 à la soirée blanche du Paris Country Club. - FACEBOOK

A l’exception de ceux dénoncés par l’ancienne baby-sitter embauchée par Jean-Luc Brunel. Celle-ci assure avoir été la cible d’harcèlement sexuel de la part de cet homme qui a parcouru la planète pour trouver des jeunes filles pour son agence de mannequinat. « Nous avons peu d’informations de la part des enquêteurs, mais cette plainte n’est pas classée et les investigations se poursuivent », indique Anne-Claire Le Jeune, avocate de plusieurs plaignantes, dont cette baby-sitter.

Sur une péniche en région parisienne

Reste que le principal intéressé n’a, lui, toujours pas été auditionné par les enquêteurs. Par le biais de son avocate, il a indiqué, il y a déjà plusieurs mois, qu’il se tenait « à la disposition » de la justice. Annoncé en fuite aux quatre coins du monde, cet homme âgé aujourd’hui de 74 ans aurait, en réalité, trouvé refuge sur une péniche amarrée en région parisienne.

Soucieux de se garder une bonne opportunité de pouvoir l’interroger sous le régime de la garde à vue si des accusations non prescrites apparaissent, les enquêteurs ne l’ont donc toujours pas convoqué. « Il le sera très probablement un jour, glisse l’un de ceux-ci sans préciser « quand exactement ». A moins que l’arrestation, ce jeudi aux Etats-Unis, de Ghislaine Maxwell, autre proche de Jeffrey Epstein, ne précipite les choses.