« Tyler Vilus est un djihadiste intégral », assène l’avocat général au bord du malaise

PROCÈS L’avocat général, au bord du malaise, a dû s’interrompre au beau milieu de son réquisitoire. Tyler Vilus encourt la réclusion criminelle à perpétuité

Caroline Politi

— 

Tyler Vilus, au premier jour de son procès
Tyler Vilus, au premier jour de son procès — Benoit PEYRUCQ / AFP
  • Tyler Vilus est le premier djihadiste français à comparaître pour sa participation à des meurtres commis en Syrie et l'un des rares à être jugé pour «direction d'un groupe terroriste». 
  • Le Troyen, âgé de 30 ans, encourt la réclusion criminelle à perpétuité. 
  • Il a été qualifié au cours du procès par plusieurs policières de la DGSI comme un «djihadiste hors norme» qui aura « marqué de son empreinte l’histoire du djihadisme français en Syrie »

Pendant près d’une heure, l’avocat général a tenté de puiser dans ses dernières forces. Lui qui pendant tout le procès du djihadiste Tyler Vilus – le premier Français jugé par la cour d’assises spéciale pour des meurtres en Syrie – a fait la démonstration de sa connaissance du dossier, a finalement dû se résoudre à remettre à vendredi la fin de son réquisitoire. « Je suis très fiévreux et je rencontre des difficultés pour garder mon calme et ma lucidité », a-t-il expliqué livide, au bord du malaise, avant de demander une deuxième suspension d’audience pour tenter – en vain – de se remettre d’aplomb.

Les premières minutes de son réquisitoire, le magistrat s’était pourtant montré offensif, décrivant Tyler Vilus comme un « djihadiste intégral », dont l’intelligence est mise « au service d’une dialectique diabolique ». Arrivé en Syrie dès l’automne 2012, le Troyen de 30 ans, petite natte et barbe fournie, a pris au cours de l’été 2013 la tête d’un groupe de combattants français. S’il a reconnu les faits, il n’a eu de cesse, tout au long du procès, de minimiser son rôle, se présentant comme un « porte-parole » désigné par ses pairs pour aller négocier avec d’autres chefs de groupe. Une version des faits qui n’a guère convaincu le représentant du ministère public. S’appuyant notamment sur des messages postés par l’accusé sur sa page Facebook, le magistrat décrit « un chef de guerre qui se lance dans des expéditions assassines ».

Mais c’est pour sa participation à un double meurtre, dont la vidéo a été diffusée sur Internet au printemps 2014, que Tyler Vilus encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Certes, il n’est pas celui qui appuie sur la gâchette, mais apparaît au premier plan, à quelques mètres des deux victimes syriennes. Lui, assure avoir assisté par hasard à cette exécution publique, en rentrant de la mosquée. Pour l’avocat général, son positionnement « à côté de l’homme qui donnera le top et le bourreau », ainsi que son équipement – il a notamment un talkie-walkie à la main – font de lui bien plus qu’un simple témoin. « Il n’est pas celui qui tire mais il est l’un de ceux qui participent à la sécurisation de la scène de crime. » La suite des réquisitions est attendue ce vendredi matin.