« Quand je pars de Syrie en 2015, je pars pour mourir les armes à la main », admet Tyler Vilus à son procès

COMPTE-RENDU Interrogé sur ce qui l’a poussé à quitter la Syrie et Daesh à l’été 2015, Tyler Vilus a reconnu pour la première fois qu’il souhaitait « mourir les armes à la main » après son départ

Hélène Sergent

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Tyler Vilus, au premier jour de son procès
Tyler Vilus, au premier jour de son procès — Benoit PEYRUCQ / AFP
  • Tyler Vilus est le premier Français accusé de meurtres commis en Syrie à comparaître devant la cour d’assises spéciale. Il est également soupçonné d’avoir dirigé sur place un groupe de combattants.
  • Interpellé en juillet 2015 en Turquie alors qu’il voyageait avec le passeport d’un Suédois, ce trentenaire originaire de Troyes a nié tout au long de l’instruction toute velléité d’attentat sur le sol européen.
  • Sans préciser de cibles potentielles ou de projet finement défini Tyler Vilus a livré ce mercredi, après cinq heures d’un interrogatoire dense, un nouveau récit qualifié « d’aveux » par l’avocat général.

« Dans ma tête, forcément, je vais mourir ». À l’aune de l’été 2015, lorsque Tyler Vilus entreprend de quitter la Syrie et Daesh après deux ans d’engagement dans les rangs de l’organisation terroriste, le djihadiste se sent bien seul. Sa mère, avec qui il entretenait une relation quasi fusionnelle, a été interpellée après de nombreux allers-retours effectués entre la France et le califat et placée en détention. Ses amis, dit-il, ceux « de sa génération » arrivés comme lui dès 2012 en zone irako-syrienne, ont tous été tués ou blessés. En « dissonance » avec l’Etat islamique, l’homme ne se sent « plus à sa place ».

Pendant les cinq années d’instruction, sa version restera la même : s’il a quitté la Syrie sans femme ni enfant, c’était pour « s’exfiltrer » dans l’objectif de se rendre ensuite en Mauritanie afin d’y exercer librement sa foi. Une justification qui n’a jamais convaincu l’accusation, persuadée que l’homme se rendait en Europe pour y commettre un attentat. Ce mercredi, après cinq heures d’un interrogatoire dense, Tyler Vilus a livré un nouveau récit qualifié « d’aveux » par l’avocat général. Sans détailler précisément son projet d’attaque, le trentenaire a concédé pour la première fois : « Je partais pour mourir les armes à la main. »

« Pas de cible » mais « un point de chute »

Quand Tyler Vilus est interpellé en Turquie quelques minutes avant d’embarquer dans un vol en direction de Prague, l’homme dispose de 7.000 euros et du passeport d’un ressortissant suédois. Interrogé par Laurent Raviot, président de la cour d’assises spéciale chargée de le juger, l’homme reconnaît d’emblée : « C’est l’Etat islamique qui me l’a fourni ». Au tribunal, l’accusé explique s’être déplacé jusqu’à Raqqa pour rencontrer Abdelhamid Abaaoud – logisticien des attentats du 13 novembre – alors en charge des « opérations extérieures » de Daesh. « Je lui ai dit : je veux sortir, faire quelque chose (…) il m’a demandé si je voulais une équipe ou y aller tout seul. J’ai dit tout seul », raconte-t-il.

Un « électron libre » doté d’une « aura » acquise par son expérience au sein du califat à qui rien n’est imposé : « On ne m’a pas donné de cible, j’ai pas préparé de vidéo de revendication ». Évasif malgré l’insistance du président sur un éventuel projet défini en amont de son départ, Tyler Vilus reconnaît seulement avoir bénéficié du soutien logistique de Daesh pour quitter le territoire syrien. Sur un papier retrouvé sur lui, une série de contacts et un « point de chute » en France figurent. « Il devait pas vraiment me servir, on m’a dit : 'Si t’as un problème, voilà un point de chute' (…) même si j’étais dans la précipitation, j’ai pris des précautions », poursuit-il.

Un « parcours djihadiste » stoppé net

Un point interpelle le magistrat Laurent Raviot. Quand Tyler Vilus part, il reconnaît être en désaccord avec l’évolution de l’Etat islamique. Une rupture avec l’organisation qui le pousse à tout quitter, y compris ses deux femmes et ses enfants. Pourtant, l’homme l’assure, son idéologie djihadiste est alors intacte : « Dans ma tête, forcément je vais mourir (…) Quand je pars je sais que je vais continuer le djihad, c’est un chemin sans retour », reconnait-il. Doucement, le président poursuit : « Monsieur Vilus, vous alliez commettre un attentat ? ». L’accusé bafouille puis concède : « Franchement, je peux pas vous dire oui (…) mais je vais pas me tuer moi-même (…) je pars pour mourir les armes à la main. Où ? Comment ? Je sais pas. Dans combien de temps ? Quand j’arrivais à Prague, j’avais justement le temps de réfléchir à un projet ».

Un temps soupçonné par les magistrats antiterroristes d’être lié à la cellule des attentats du 13 novembre 2015, Tyler Vilus s’était jusqu’ici toujours refusé à évoquer un éventuel projet d’attaque. Des « aveux », selon l’avocat général qui a tenté de comprendre pourquoi l’accusé a toujours tu cet élément. « Les assises, c’était pour moi un moment important. Ça fait 5 ans que je suis en détention et j’ai eu peu l’occasion de m’exprimer publiquement (…) Mais le changement peut pas être abouti si je dis pas certaines choses », a-t-il conclu. Jugé pour association de malfaiteurs terroriste criminelle, direction d’une entreprise terroriste et pour deux meurtres commis sur zone, Tyler Vilus encourt une peine de prison à perpétuité.