Prisons : « Nous offrons une prime de 8.000 euros aux surveillants qui s’engagent pour six ans »

INTERVIEW Stéphane Bredin, directeur de l’administration pénitentiaire, détaille pour « 20 Minutes » les nouveautés du concours de surveillant pénitentiaire dont les inscriptions viennent de s’ouvrir.

Vincent Vantighem

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Une prison (illustration)
Une prison (illustration) — KONRAD K./SIPA
  • L’administration pénitentiaire vient de rendre publics les détails du concours 2020 pour devenir surveillant pénitentiaire. Les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 31 juillet. Le concours aura lieu le 9 septembre.
  • Cette année, pour la première fois, le concours offre la possibilité aux candidats de postuler à trois concours régionaux. Au total, 1.000 agents doivent être recrutés.
  • L’administration pénitentiaire va offrir une prime de 8.000 euros en contrepartie d’un engagement de six ans comme surveillant afin de fidéliser ses agents.

« Devenez surveillant pénitentiaire ! » Le slogan est simple. Mais les arguments sont nombreux. L’administration pénitentiaire a lancé, cette semaine, sa campagne d’information sur le concours qui aura lieu en septembre pour devenir surveillant pénitentiaire. Avec une prime pour ceux qui s’engagent sur la durée et la possibilité de candidater spécifiquement dans trois régions précises, l’administration ne devrait pas avoir de mal à trouver des candidats. Stéphane Bredin, le directeur, détaille le dispositif pour 20 Minutes

Pour la première fois, les candidats au métier de surveillant pénitentiaire ont le choix de postuler au concours national habituel ou à l’un des trois concours locaux spécifiques que vous ouvrez dans les régions Auvergne-Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Grand Ouest. Pourquoi cette possibilité ?

Jusqu’à présent, les candidats choisissaient leur affectation en fonction de leur place d’arrivée au concours. Cela conduisait un très grand nombre d’entre eux en Île-de-France, sans qu’ils le veuillent forcément. Ils attendaient et, rapidement, demandaient leur mutation.

Cette fois, nous proposons à certains de pouvoir choisir avant le concours l’une des trois régions dans lesquelles nous avons des besoins spécifiques. Le but est d’éviter le turn-over que l’on constate actuellement sur certains établissements et de fidéliser les effectifs.

Pour cela, vous allez offrir une prime en contrepartie d’un engagement en poste. C’est si difficile que cela de recruter des surveillants pénitentiaires ?

Nous offrons 8.000 euros aux surveillants qui s’engagent pour six ans. C’est une prime à la fidélité. Je précise d’ailleurs que la moitié de cette prime [4.000 euros donc] est versée dès le premier mois d’affectation. Autrement dit, la première année, le surveillant touche quasiment deux mois de salaire en plus !

Mais je n’élude pas votre question. Pour être franc, l’essentiel de notre problème d’attractivité vient de la concurrence entre les métiers de la sécurité. La pénitentiaire est beaucoup moins connue que la police nationale ou la défense. Notre image n’est pas forcément moins bonne. C’est simplement que nous sommes moins connus.

Après l’épidémie de coronavirus et la crise économique qu’elle a engendrée, vous croyez vraiment que vous allez avoir du mal à recruter 1.000 surveillants ?

Non. Les inscriptions sont possibles jusqu’au 31 juillet [Le concours aura lieu en septembre]. Et je constate que nous avons environ 300 candidats qui se manifestent chaque jour depuis l’annonce. Alors, cela va peut-être se calmer. Mais nous avons déjà 4.000 inscrits. C’est une satisfaction. On est bien conscients que le nombre de chômeurs augmente fortement et que c’est l’une des conséquences.

Les inscriptions au niveau local fonctionnent-elles également ?

Oui. Sur la région Grand Ouest par exemple, nous avons déjà dix fois plus d’inscrits que de postes à pourvoir.

La peur des agressions, notamment de la part de détenus radicalisés ou condamnés pour des faits de terrorisme, est-elle présente dans l’esprit des candidats ?

Comme tous les métiers de sécurité, c’est un métier qui est difficile. Mais je crois qu’il s’agit d’un élément de motivation. On ne choisit pas ce type de profession en se disant que c’est un métier à risques.

Le risque d’agressions est forcément à l’esprit. Mais sur les 60.000 détenus, on dénombre 515 condamnés pour des faits de terrorisme et environ 600 autres détenus radicalisés. C’est d’ailleurs 200 de moins qu’il y a 18 mois. Désormais, on sait les gérer. J’ajoute qu’ils sont tous dans des quartiers où l’on ne met pas des sortants d’école. Autrement dit, les nouveaux surveillants ne pourront pas les croiser. Au moins durant la première année.

Les Français ont-ils raison de redouter les sorties à venir de certains condamnés pour des faits de terrorisme ?

Sur cette problématique, les choses sont en fait assez simples. Chaque sortie est anticipée et préparée entre trois et six mois à l’avance. Pour chaque détenu de ce type qui sort, les services de renseignement sont destinataires d’une note d’information. On y retrouve tout le parcours en prison : les relations, les fréquentations, les incidents. Tout est organisé pour que ce rapport arrive au bon moment aux services de renseignement, y compris quand il y a une sortie inopinée. Au plus tard, les services ont toutes les informations nécessaires dans les 72 heures suivant la sortie.

La pandémie a entraîné une forte baisse de la population carcérale. Depuis le déconfinement, observez-vous une hausse du nombre d’entrants ?

Pour l’instant, cela ne repart pas à la hausse. Sauf en Ile-de-France où cela commence à frémir. Si l’on prend la moyenne nationale, on est quasiment stables depuis un mois et demi. C’est une vraie surprise. Je pense que les juridictions sont encore en phase de reprise. Et il y a aussi les effets de la loi pénale du 24 mars qui précise que les personnes condamnées à des peines de six mois de prison ou moins ne vont pas en détention.