Affaire Fillon : Macron saisit le Conseil supérieur de la magistrature pour « lever le doute » sur d’éventuelles pressions politiques

IMBROGLIO L’ancienne cheffe du Parquet national financier Eliane Houlette avait évoqué des « pressions » lors de l’affaire Fillon. Elle évoque désormais des propos « déformés », qu’elle « regrette »

20 Minutes avec AFP

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Eliane Houlette, ex-cheffe du parquet national financier dit "regretter" ses propos sur d'éventuelles "pressions" autour de l'affaire Fillon.
Eliane Houlette, ex-cheffe du parquet national financier dit "regretter" ses propos sur d'éventuelles "pressions" autour de l'affaire Fillon. — AFP

À quelques jours du jugement des époux Fillon dans l'affaire dite du «Penelopegate», Emmanuel Macron veut « lever tout doute sur l’indépendance et l’impartialité de la justice dans cette affaire ». L’Elysée annonce ce vendredi soir avoir décidé de saisir pour avis le Conseil supérieur de la magistrature pour « analyser si le Parquet national financier a pu exercer son activité en toute sérénité, sans pression » lors de son enquête sur l’affaire Fillon.

« Ces propos, qui ont suscité un émoi important, sont interprétés par certains comme révélant d’éventuelles pressions qui auraient pu être exercées sur la justice dans une procédure ouverte à un moment essentiel de notre vie démocratique », estime l’Elysée. Qui précise que le président de la République agit en tant que « garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire ».

L’ex-cheffe du PNF « regrette »

A la source de la polémique, l’ancienne cheffe du Parquet national financier Eliane Houlette a « regretté » quelques heures plus tôt ce vendredi que ses propos tenus le 10 juin lors d’une audition à l’Assemblée nationale sur des « pressions » de sa hiérarchie dans l’enquête sur l’affaire Fillon, et qui ont suscité l’émoi, aient été « déformés ou mal compris ».

Eliane Houlette « tient à ce qu’il soit bien compris que M. Fillon n’a pas été mis en examen à la demande ou sous la pression du pouvoir exécutif », selon une déclaration à l’AFP transmise par son avocat, Jean-Pierre Versini-Campinchi.

Une déclaration d’abord passée inaperçue

Lors de cette audition devant les députés, Eliane Houlette s’était émue du « contrôle très étroit » qu’aurait exercé le Parquet général, son autorité de tutelle directe, dans la conduite des investigations. « Le plus difficile (…) a été de gérer en même temps la pression des journalistes – mais ça… (on peut), on peut s’en dégager (…) – et surtout la pression du parquet général », a déclaré l’ex-procureure, partie à la retraite en juin 2019.

Directement mise en cause, la procureure générale de Paris Catherine Champrenault a dit, dans un message transmis à l’AFP, « regretter que ce qui est le fonctionnement régulier du ministère public soit assimilé à des pressions ». Ce vendredi, dans un communiqué, la magistrate s’est montrée plus ferme encore réfutant toute « pression » sur le PNF.

Des déclarations passées inaperçues dans un premier temps

Déjà en poste au moment de l’affaire Fillon, elle « rappelle que son action s’est toujours inscrite dans l’exercice de ses prérogatives légales de veiller à l’application de la loi et au bon fonctionnement des parquets placés sous son autorité ».

Passées inaperçues, les déclarations d’Eliane Houlette ont resurgi à la faveur d’un article du Point et provoqué l’indignation de familles politiques très éloignées. Le parti Les Républicains, qui a souvent dénoncé une « instrumentalisation » de la justice dans l’affaire Fillon, a évoqué des accusations « extrêmement graves ».