Affaire Steve Maia Caniço : Où en est l’affaire, un an après sa mort à Nantes ?

JUSTICE Le jeune homme était tombé dans la Loire après une intervention policière musclée le soir de la Fête de la musique

Frédéric Brenon

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Manifestation réclamant une « justice pour Steve », le 12 septembre 2019.
Manifestation réclamant une « justice pour Steve », le 12 septembre 2019. — S.Salom-Gomis/AFP
  • Steve Maia Caniço était âgé de 24 ans. Passionné de musique techno, il exerçait le métier d’animateur périscolaire dans une école de la banlieue nantaise.
  • Son corps avait été retrouvé le 29 juillet dans la Loire.
  • Trois informations judiciaires ont été ouvertes depuis cette Fête de la musique.

C’était il y a un an. Au moins douze personnes qui participaient à une soirée techno organisée le soir de la Fête de la musique à Nantes tombaient dans la Loire à la suite d’une intervention policière musclée. Toutes parviendront à remonter sur la rive sauf Steve Maia Caniço, animateur périscolaire de 24 ans originaire de l’agglomération nantaise, dont les proches restèrent sans nouvelles plus d’un mois. Son corps sera finalement retrouvé le 29 juillet dans le fleuve, non loin du lieu de sa disparition. Ce dimanche 21 juin 2020, deux marches sont annoncées à Nantes pour rendre hommage au jeune homme et réclamer « justice ». Où en est le dossier judiciaire aujourd’hui ?

Une information judiciaire contre X pour « homicide involontaire » avait été ouverte début août par un juge d’instruction. Le dossier a été transféré en septembre à Rennes à la demande des juges nantais par souci « d'impartialité ». L’instruction se poursuit secrètement depuis. Aucune mise en examen n’a, pour l’heure, été prononcée. « Les investigations n’avancent jamais assez vite pour les victimes mais on est dans un délai raisonnable compte tenu de la complexité du dossier », estime Cécile de Oliveira, avocate de la famille de Steve Maia Caniço.

Plainte des teufeurs et plainte des policiers

Les dernières expertises techniques s’intéressent, en particulier, au téléphone portable du jeune homme. L’enjeu est de taille puisque, en l’absence de témoins l’ayant vu chuter à l’eau, la géolocalisation de l’appareil pourrait donner de précieux renseignements sur le déroulement des faits. « S’il est établi qu’au moment des tirs de grenades lacrymogènes, mon frère se trouvait tout près du fleuve, alors il sera difficile de contester l’existence d’un lien de causalité entre l’intervention des forces de l’ordre et la chute qui a entraîné sa mort », estime la sœur du jeune homme, interrogée par Le Monde. « Mes clients seront attentifs à tous les éléments », réagit Cécile de Oliveira, qui n’exclut pas de réclamer, le moment venu, une « qualification juridique des faits criminelle [violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner] plutôt que délictuelle [homicide involontaire] ».

Cécile de Oliveira, avocate de la famille de Steve Maia Caniço.
Cécile de Oliveira, avocate de la famille de Steve Maia Caniço. - L.Venance/AFP

En parallèle, deux nouvelles informations judiciaires ont récemment été ouvertes par le parquet de Rennes. L’une concerne la plainte collective pour « blessures involontaires, non-assistance à personne en danger et mise en danger de la vie d’autrui » déposée par 89 participants à la soirée techno. L’autre concerne des « violences volontaires avec arme en réunion et sur personne dépositaire de l’autorité publique » liées aux jets de projectiles reçus par les forces de l’ordre. Dix policiers blessés le soir de la Fête de la musique ont déposé plainte.

Rapport IGPN « bâclé », commissaire muté

Deux rapports d’enquête administrative avaient également été ouverts en 2019. L’un de l’IGPN, la police des polices, dont la synthèse a été dévoilée le 30 juillet. L’intervention des forces de l’ordre « était justifiée et n’est pas apparue disproportionnée », concluait-elle alors. Avant d’ajouter : « Il ne peut être établi de lien entre les forces de police et la disparition de Steve Maia Caniço ». « Ce rapport était vraiment bâclé et visait à mettre hors de cause la responsabilité de la police dans des conditions qui n’apparaissaient pas sérieuses, considère Cécile de Oliveira. Il n’avait pas été signé par la directrice de l’IGPN. »

Restauration de la fresque en hommage à Steve Maia Caniço, lundi 18 mai 2020.
Restauration de la fresque en hommage à Steve Maia Caniço, lundi 18 mai 2020. - F.Brenon/20Minutes

L’inspection générale de l’administration (IGA) avait également rendu un rapport, le 13 septembre, portant sur la gestion des événements par les pouvoirs publics. Lui évoquait une intervention de police intervenue « dans le cadre de la légitime défense » mais pointait également du doigt un « manque de discernement ». « L’opportunité d’intervenir de la sorte sur une emprise portuaire donnant un accès direct à la Loire, pendant une manifestation festive habituelle et à une heure où la lucidité de certains teufeurs était sans doute altérée, peut être mise en doute », argumentait l’IGA. Ce même jour, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, annonçait la mutation du commissaire Chassaing, en charge des opérations.

« On est confronté depuis le début à une hypermédiatisation de cette tragique histoire, ça rajoute à la difficulté de la famille, observe l’avocate Cécile de Oliveira. C’est aussi un dossier dans lequel il y aura, je pense, des moyens importants développés pour pouvoir faire face à cette complexité d’investigation. »

Ce samedi, la maire socialiste de Nantes, Johanna Rolland, a annoncé dans un communiqué avoir rencontré vendredi soir la famille de Steve Maia Caniço, « pour leur dire qu ['elle se tenait] à leurs côtés, que Nantes était à leurs côtés dans cette terrible épreuve ». Ajoutant que « toute la lumière doit être faite sur les circonstances du décès de Steve Maia Caniço et sur les motivations et les modalités d’intervention des forces de l’ordre au cours de cette nuit tragique », elle a estimé que « la vérité emprunte parfois un long chemin mais le temps de la justice doit advenir et il adviendra ».