Le mari d’Amel Bent et trois fonctionnaires jugés pour une vaste fraude au permis de conduire

PROCES L’ancien gérant d’une auto-école comparaît au côté de trois agents de la préfecture pour corruption dans une affaire de permis de conduire. Plusieurs stars avaient ainsi obtenu le précieux sésame

Caroline Politi

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Le permis de conduire (Illustration)
Le permis de conduire (Illustration) — Charlotte Gonthier/20 Minutes
  • Six personnes, parmi lesquelles trois fonctionnaires, sont jugées pour une fraude au permis de conduire.
  • Plusieurs people auraient bénéficié de ce réseau de faux permis.
  • Les principaux mis en cause encourent jusqu’à dix ans de prison.

S’épargner de fastidieuses heures de conduite et le stress d’un examen dont le taux de réussite est inférieur à 60 %* contre plusieurs milliers d’euros. Une vaste affaire de fraude au permis de conduire occupera à partir de ce mercredi et pour deux jours la 15e chambre du tribunal correctionnel de Nanterre, dans les Hauts-de-Seine. L’affaire, révélée en 2016, avait fait grand bruit car les investigations avaient montré que non seulement plusieurs personnalités y avaient eu recours mais que l’homme soupçonné de l’avoir mis en place n’était autre que le mari de la chanteuse Amel Bent, Patrick Antonelli. Cet ancien gérant d’une auto-école de Neuilly-sur-Seine comparaît notamment pour «  corruption » et « blanchiment » au côté de trois fonctionnaires de la préfecture de police. Deux hommes présentés comme des intermédiaires sont également jugés.

Pour obtenir le précieux sésame rose, les clients versaient des sommes pouvant aller jusqu’à 12.000 €. Leur dossier était alors transmis à une complice au sein de la préfecture, qui validait le dossier dans le fichier national des permis de conduire sans qu’ils aient besoin de se présenter à l’examen. Les clients recevaient le « vrai-faux » permis dans leur boîte aux lettres quelques semaines plus tard. Entre l’automne 2013 et le mois d’avril 2015, lorsque la préfecture a elle-même donné l’alerte, une centaine de dossiers auraient ainsi été validés. Au total, ce juteux trafic aurait permis à Patrick Antonelli et sa principale complice au sein de la préfecture d’engranger près d’un million d’euros.

Des stars parmi les bénéficiaires

Selon l’ancien gérant d’auto-école, qui a reconnu les faits, les gains étaient divisés à parts égales. La fonctionnaire de la préfecture, elle, assure qu’elle n’a touché que des cadeaux, notamment des places de concert pour Amel Bent ou du parfum. Elle contredit également le nombre de permis frauduleux qui lui sont imputés : sur 74, elle reconnaît en avoir réalisé une trentaine. Les investigations ont néanmoins permis de montrer qu’elle avait effectué pendant cette période des voyages dans de fastueux hôtels à Dubaï ou en République dominicaine. Lors de son départ de la préfecture en avril 2014, le système a été perpétué par deux collègues, confondues par les multiples utilisations de leurs codes d’accès dans des dossiers frauduleux. Ces dernières réfutent les accusations.

Si, selon les investigations de la police judiciaire des Hauts-de-Seine et du groupement d’intervention régionale, la clientèle asiatique représente près d’un tiers des bénéficiaires de cette escroquerie, des notables de Neuilly ainsi que plusieurs stars auraient également fait appel aux services illégaux de cette auto-école. L’animateur de France Inter et France 5Ali Baddou avait été l’un des premiers à reconnaître sur son compte Twitter avoir fait une « énorme bêtise » en versant 10.000 € après un faux stage intensif de moto. Plusieurs footballeurs, parmi lesquels Jérémy Ménez ou le joueur du PSG Layvin Kurzawa auraient également bénéficié de ses « services ». Les bénéficiaires de ces permis truqués – qui ont tous été annulés – feront l’objet d’une procédure à part.

Patrick Antonelli risque dix ans de prison pour « corruption active » et une amende pouvant atteindre un million d’euros. Les fonctionnaires, de par leur statut, encourent également jusqu’à dix ans de prison pour « corruption passive ». Contactés, les avocats des principaux prévenus n’ont pas souhaité s’exprimer.

* Chiffres de 2018