Lydie Logé, la victime oubliée de Michel Fourniret ? Le dossier transféré à Paris

TUEUR EN SERIE Chargée d’instruire les dossiers impliquant Michel Fourniret, la juge Sabine Khéris va enquêter sur la mort de Lydie Logé, survenue en 1993 dans l’Orne

Vincent Vantighem

— 

Michel Fourniret
Michel Fourniret — NO CREDIT
  • Âgée de 29 ans, Lydie Logé a disparu en décembre 1993 à Saint-Christophe-le-Jajolet (Orne) alors qu’elle venait de faire des courses de Noël.
  • Près de trente ans après, plusieurs indices laissent penser que le tueur Michel Fourniret pourrait être à l’origine de cette disparition.
  • La Cour de cassation a décidé, ce mardi, de transférer le dossier à Paris pour qu’il soit instruit par la juge Khéris, spécialiste des dossiers dans lesquels l’Ogre des Ardennes est impliqué.

Elle s’est volatilisée juste après avoir acheté un sapin de Noël. Les cadeaux étaient encore dans le coffre de sa voiture. Les clés sur le contact. Ce 18 décembre 1993, dans la petite commune de 250 âmes de Saint-Christophe-le-Jajolet (Orne), personne n’a vu Lydie Logé disparaître. Près de trente ans après, l’enquête pourrait connaître un nouveau tournant. Selon nos informations, la Cour de cassation a décidé, ce mardi, de transférer le dossier du tribunal de Caen (Calvados), où il était instruit, à Paris.

Tout simplement pour le confier à la juge Sabine Khéris devenue, en quelques années, la spécialiste des affaires sur lesquelles plane l’ombre de Michel Fourniret. Après avoir obtenu des aveux dans les dossiers de Joanna Parrish, de Marie Angèle Domèce et, plus récemment, d’Estelle Mouzin, la magistrate a de bonnes raisons de penser que « l’Ogre des Ardennes » est également derrière la disparition de Lydie Logé.

« La liste des trois cercles » des victimes de Fourniret

L’hypothèse ne date pas d’aujourd’hui. En 2004, déjà, quand Michel Fourniret est arrêté, les enquêteurs établissent ce qu’ils appellent « la liste des trois cercles ». Dans le premier figurent les jeunes femmes que Michel Fourniret a reconnu avoir tuées. Dans le second, les victimes probables. Et dans le troisième, toutes les disparitions inexpliquées dans lesquelles « l’Ogre » pourrait être impliqué.

Lydie Logé figure dans le troisième cercle. Mais il faut attendre 2019 pour qu’un lien soit formellement établi. A l’époque, les enquêteurs décident de comparer les ADN découverts sur les nombreux éléments pileux retrouvés dans la camionnette et dans la maison du tueur. Une correspondance est alors établie avec Lydie Logé.

Son fils était ouvrier forestier dans l’Orne

En grattant, les policiers découvrent que l’Orne n’est pas un département anodin pour Michel Fourniret. A l’instar de Francis Heaulme, surnommé le « Routard du crime », Fourniret est lui aussi un « itinérant », selon une source proche du dossier. Capable, par exemple, de faire plusieurs heures de voiture entre les Ardennes et la ville de Guermantes (Seine-et-Marne) pour « repérer » Estelle Mouzin...

Et selon la procureure de Caen, « des éléments laissent justement penser à un cheminement [de Michel Fourniret] dans l’Orne » à l’époque des faits. Le tueur en série aurait pu passer par là en se rendant dans la famille de Monique Olivier, sa femme, à Nantes (Loire-Atlantique). Ou pour aller voir son fils Nicolas, ouvrier forestier, quelques années avant que celui-ci ne meure dans le secteur, happé par une broyeuse à bois.

Son visage lui « dit quelque chose »

Mais c’est encore Michel Fourniret lui-même qui a livré le principal indice. Interrogé sur ce dossier par les enquêteurs de l’Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP) en novembre 2019, il refuse de lever le voile sur le mystère mais reconnaît, lorsqu’on lui tend une photo de Lydie Logé, que le visage de la femme brune de 29 ans lui « dit quelque chose »…

« Dans la bouche de Fourniret, ce genre de phrase, c’est presque un aveu, analyse une source proche du dossier. Et il n’a pas l’habitude de s’accuser de choses qu’il n’a pas faites… » Reste à savoir s’il aura la capacité d’en dire davantage. Âgé de 78 ans, l’hôte de la prison d’Ensisheim (Haut-Rhin) souffre aujourd’hui de troubles neurodégénératifs.

De quoi faire craindre qu’il n’avoue jamais le lieu où il a déposé le corps de la victime. Près de trente ans après, la famille de Lydie Logé – un temps suspectée d’être à l’origine de la disparition – n’attend que ça. La juge Sabine Khéris aussi. Elle devrait convoquer rapidement Michel Fourniret pour lui signifier sa mise en examen.