Affaire Tariq Ramadan : Des plaignantes accusent ses nouveaux avocats de conflit d’intérêts

VIOLENCES SEXUELLES La commission de déontologie du barreau devra se prononcer bientôt sur deux concernant l’islamologue, mis en examen pour viols

20 Minutes avec AFP

— 

L'islamologue Tariq Ramadan.
L'islamologue Tariq Ramadan. — UGO AMEZ/SIPA

Deux accusatrices de Tariq Ramadan ont saisi le bâtonnier de Paris, dénonçant un possible conflit d’intérêts chez deux de ses nouveaux avocats avec qui elles avaient échangé au début de l’affaire, a-t-on appris ce mardi de sources proches du dossier, confirmant une information de L’Obs.

La commission de déontologie du barreau devra se prononcer prochainement sur ces deux cas, soulevés par Henda Ayari, dont la plainte pour viol fin octobre 2017 a déclenché l’enquête judiciaire toujours en cours, et par Mounia Rabbouj, la troisième femme à avoir porté plainte contre l’islamologue début 2018.

Deux partis, un avocat au centre d’un conflit d’intérêts présumé

Henda Ayari dénonce l’arrivée, dans l’équipe de défense de Tariq Ramadan, de l’avocat William Bourdon qu’elle avait rencontré dans les premiers jours de l’affaire. Pour l’avocat, joint par l’AFP, cette rencontre, « à l’initiative » d’Henda Ayari, était « à titre exploratoire », « elle n’a pas donné suite et n’a jamais été ma cliente ». « Aucun élément du fond du dossier n’a été évoqué (…). Sa préoccupation essentielle était liée à la campagne de diffamation dont elle estimait être victime et à un nouveau contrat d’édition », se défend-il.

« Ma décision de défendre Tariq Ramadan a été prise en conscience dans le respect du règlement intérieur qui n’interdit pas, après une prise de contact non suivie d’effets, de défendre l’autre partie » ainsi qu'« après avoir consulté des confrères » et « la jurisprudence du conseil de l’Ordre », argue-t-il. « Henda Ayari ne m’a confié aucune information personnelle et particulière sur son dossier susceptible de créer un avantage indu ou un déséquilibre. Si tel avait été le cas, je n’aurais pas pris le dossier », conclut-il.

Me Francis Szpiner, qui défend Henda Ayari, n’a pas souhaité réagir.

« Un conflit moral majeur »

Mounia Rabbouj a de son côté fourni à la commission des échanges de SMS de mi-novembre 2018 avec Me Ouadie Elhamamouchi, autre avocat récemment désigné par Tariq Ramadan. Dans ces messages, consultés par l’AFP, Me Elhamamouchi lui propose de le désigner comme avocat et la relance après son refus. « Je pense que votre rôle peut devenir primordial dans cette affaire », lui écrit-il.

L’été précédent ces messages, cette ancienne escort-girl qui dénonce neuf viols sur la période 2013-2014, avait évoqué sur Twitter son souhait de retirer sa plainte, avant de se raviser. Tariq Ramadan, mis en examen pour les viols de quatre autres femmes, n’est pas poursuivi à ce jour pour ces faits.

« Nous laissons les instances se prononcer sur la question du conflit d’intérêts, qui pour nous existe, mais il y a au minimum un conflit moral majeur », a réagi l’avocat de Mme Rabbouj, Me Eric Morain. « Comment ce confrère a-t-il obtenu le numéro de ma cliente ? J’espère qu’on ne verra pas s’ajouter une tentative de manipulation à la faute déontologique », a-t-il ajouté. « J’ai strictement respecté la déontologie et je suis totalement serein », a réagi Me Elhamamouchi. « Mon confrère peut d’ores et déjà s’attendre à une action en diffamation ».