Coronavirus : Pourquoi les prisons se sont vidées… et pourquoi cela ne va pas durer

DÉTENTION En raison de l’épidémie de coronavirus, les prisons françaises affichent un taux historiquement bas de 97 % de remplissage

Vincent Vantighem

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Paris, le 12 avril 2019. Nicole Belloubet visite la prison de la Santé en compagnie de Robert Badinter.
Paris, le 12 avril 2019. Nicole Belloubet visite la prison de la Santé en compagnie de Robert Badinter. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
  • Les prisons françaises comptent 13.500 détenus de moins depuis deux mois, selon un dernier bilan communiqué à 20 Minutes ce lundi.
  • La baisse de la population carcérale est due au confinement, qui a entraîné la libération anticipée de certains détenus et une baisse de la délinquance.
  • Si Nicole Belloubet, la garde des Sceaux, travaille à stabiliser la situation, elle refuse toute mesure d’amnistie qui pourrait accompagner cette « déflation carcérale ».

Pour une fois, l’administration pénitentiaire n’hésite pas à parler de « record ». Car, contrairement à d’habitude, le chiffre ne désigne pas l’explosion du nombre de détenus. Mais bien l’inverse. Avec une baisse de 13.500 prisonniers depuis le début du confinement mis en place pour lutter contre  l’épidémie de coronavirus, les prisons françaises ont atteint un taux de remplissage de 97 %, soit 59.000 personnes incarcérées pour 61.100 places, selon le dernier décompte officiel communiqué ce lundi à 20 Minutes.

Un chiffre « si bas » que les statisticiens de l’administration pénitentiaire ont dû remonter jusqu’en 2001 pour trouver une pareille situation dans l’Hexagone. Mais c’est aussi une moyenne qui cache forcément des réalités disparates. Derrière ce taux de remplissage de 97 % se trouvent des prisons dont la population a fortement baissé et des maisons d’arrêt, en région parisienne notamment, qui affichent encore, pour certaines, des taux de remplissage allant de 180 à 200 %.

« Attention, les choses commencent à remonter… »

Mais la tendance est bien à la baisse générale. Et il n’y a pas de doute sur son origine : il s’agit tout simplement d’un effet collatéral du coronavirus. Après avoir brièvement rechigné, Nicole Belloubet, la ministre de la Justice, a signé, fin mars, des ordonnances facilitant la libération anticipée des détenus en fin de peine et l’octroi de crédits de réduction de peine afin de limiter les risques de propagation du virus en détention. D’un côté, les prisons se sont donc en partie vidées. Mais ici pas d’histoire de vases communicants. La délinquance ayant été elle aussi confinée, les établissements pénitentiaires ont connu, en parallèle, une baisse du nombre d’entrants. Ce qui a donc intensifié le phénomène général.

« Habituellement, il y a environ 120 gardes à vue tous les jours à Paris, confirmait, début mai, Rémy Heitz, le procureur de la République. En période de confinement, ce chiffre est tombé à 30… » Évidemment, c’est plus compliqué de cambrioler quelqu’un qui est coincé chez lui… Les vols à la tire et les effractions ont donc chuté. Habituellement grosses pourvoyeuses de détenus, les audiences de comparutions immédiates ont même pu, chose rare, s’achever à des horaires décents en raison de la faible affluence… « Mais attention, les choses commencent à remonter, poursuivait le magistrat. Depuis le début du mois, on est déjà revenu à un chiffre de 60 gardes à vue par jour… »

La réforme des peines appliquée depuis le 24 mars

Car la question n’est pas vraiment de savoir si. Mais bien quand la population pénale va repartir à la hausse. En déplacement au tribunal judiciaire de Versailles (Yvelines), mardi 12 mai, Nicole Belloubet, elle-même, le reconnaissait sans fard. « Ma seule préoccupation, c’est que cela ne remonte pas trop… » 

Pressée de toutes parts, et jusque dans les colonnes de 20 Minutes où l’avocat Henri Leclerc l’a sollicitée, Nicole Belloubet reste farouchement opposée à toute idée de loi d’amnistie ou de décret de grâce qui permettrait d’accompagner cette « déflation carcérale ». « Je n’y suis pas favorable car je reste attachée au principe d’individualisation de la peine et pas aux mesures collectives, nous confiait-elle. Et puis, nous sommes parvenus à faire baisser le nombre de détenus par d’autres moyens. Cela est donc bien possible. »

La preuve réside peut-être dans la dernière réforme des peines. Celle-ci prévoit un large éventail « d’alternatives à l’enfermement » comme des stages, et un recours aux travaux d’intérêt général. Il ne reste plus aux avocats qu’à solliciter son application et aux juges à s’en servir. A condition qu’ils aient bien eu l’information sur cette réforme. Elle a été mise en application le 24 mars. En plein confinement.