Coronavirus : « Des erreurs ont été commises. Et il en est mort ! » L’épouse d’un médecin mort du Covid-19 porte plainte

TÉMOIGNAGE Moins de deux semaines après avoir perdu son mari des suites du coronavirus, Claire Loupiac confie à « 20 Minutes » son intention de déposer plainte

Vincent Vantighem
Des radiologues examinent un patient atteint par le coronavirus (photo d'illustration)
Des radiologues examinent un patient atteint par le coronavirus (photo d'illustration) — FRANCOIS LO PRESTI / AFP
  • Eric Loupiac, 60 ans, est le dixième médecin mort des suites du Covid-19. Il exerçait à l’hôpital de Lons-le-Saunier.
  • Selon son épouse, il aurait été contaminé au sein de l’hôpital car il manquait de matériel de protection.
  • La direction de l’hôpital se défend, de son côté, de tout manquement à ses obligations.

Eric Loupiac était un fervent défenseur de l’hôpital public. C’est sans doute pour cette raison que sa mort, le 23 avril, a suscité tant d’émotions. C’est aussi pour cela que son épouse, Claire, a décidé de déposer plainte pour « mise en danger de la vie d’autrui ». « Je fais ça pour lui rendre son honneur, confie-t-elle à 20 Minutes, ce mardi, juste avant d’assurer un rendez-vous avec son avocat pour finaliser la procédure. C’est ce qu’il aurait voulu… »


Âgé de 60 ans, son mari est décédé des suites du coronavirus, le 23 avril. C’est le dixième soignant à avoir succombé au Covid-19. Eric Loupiac exerçait comme médecin au sein de l’hôpital de Lons-le-Saunier (Jura). Et, selon Claire, c’est justement parce qu’il n’a pas été suffisamment protégé qu’il est mort aujourd’hui. « Ma plainte vise d’abord l’hôpital et l’Agence régionale de santé, indique-t-elle. Dans un deuxième temps, elle sera portée contre Olivier Véran, le ministre de la Santé et Agnès Buzyn [sa prédécesseure]. »


Il avait décidé de se confiner dès le 26 février

Selon elle, son mari a dû effectuer des gardes à l’hôpital sans les protections adéquates. Et c’est dans ce cadre-là qu’il aurait contracté la maladie. « Je rappelle qu’au début, on nous a dit que cela ne servait à rien de porter un masque, poursuit-elle. Lui était justement persuadé du contraire. On n’a pas voulu lui en donner. Et j’ai des preuves écrites de cela ! Des erreurs ont été commises. Et il en est mort… »

Voyant l’évolution de la situation en Chine puis, en Italie, Eric Loupiac avait décidé de se confiner chez lui dès le 26 février, soit trois semaines avant l’annonce d’Emmanuel Macron. « Il ne sortait de chez nous que pour aller travailler. Il avait l’impression de prêcher dans le désert, se désole Claire. Lorsque l’on voit où cela l’a mené… »

« Je ne laisserai personne cracher sur sa tombe »

Contactée par plusieurs médias, la direction de l’hôpital se défend, pourtant, de n’avoir pas fourni de matériel à ses soignants. « La mobilisation dès février des équipes achats et logistique a permis de fournir du matériel (masques, gants, gel…) sans discontinuer à l’ensemble des services, notamment au service des urgences, et ce jusqu’à ce jour », indique ainsi Guillaume Ducolomb, le directeur du centre hospitalier, à France Info.

Ce qui met Patrick Pelloux en colère. Président de l’association des médecins urgentistes, c’était un ami proche d’Eric Loupiac. « J’entends monter cette petite musique… On laisse entendre qu’Eric n’a pas voulu se protéger. Je ne laisserai personne dire ça. Je ne laisserai personne cracher sur sa tombe, dit-il à 20 Minutes. Ce n’était pas quelqu’un de procédurier. S’il a déploré des manquements, c’est qu’il y avait des manquements. » Ce sera sans doute à la justice d’en décider. Claire Loupiac assure que la plainte pour « mise en danger de la vie d’autrui » sera déposée dans les prochains jours.