Coronavirus : Un surveillant pénitentiaire meurt du Covid-19, les prisons se tendent un peu plus

DÉTENTION Détenus et surveillants pénitentiaires craignent que la situation ne dégénère en prison en raison de l’épidémie de coronavirus

Vincent Vantighem

— 

Villeneuve-les-Maguelone (Hérault), le 26 mars. Des détenus et surveillants pénitentiaires ont été contaminés par le coronavirus.
Villeneuve-les-Maguelone (Hérault), le 26 mars. Des détenus et surveillants pénitentiaires ont été contaminés par le coronavirus. — Pascal GUYOT / AFP
  • Âgé de 55 ans, un surveillant pénitentiaire de la prison d’Orléans-Saran est décédé du coronavirus, selon des sources concordantes.
  • Au 31 mars, 303 cas positifs avaient été recensés parmi les personnels et détenus dans les prisons de France. Et 2.469 cas symptomatiques.
  • Pour éviter une propagation, la Chancellerie a accepté de faciliter les libérations anticipées dont 5.000 détenus ont bénéficié en mars.

Les craintes étaient fondées… Le surveillant pénitentiaire du centre pénitentiaire d’Orléans-Saran (Loiret) décédé dans la nuit du 25 au 26 mars est mort des suites du coronavirus, a appris 20 Minutes, ce mercredi, auprès de sources concordantes. C’est ce qu’a révélé l’enquête ouverte par le parquet après la découverte du corps de cet homme de 55 ans qui était en arrêt maladie depuis une semaine en raison d’un état fiévreux.

Jusqu’à présent, l’administration pénitentiaire n’avait eu à déplorer que la mort d’un détenu, un homme de 74 ans, incarcéré à Fresnes (Val-de-Marne). Mais personnels pénitentiaires et prisonniers redoutent que la situation ne s’aggrave rapidement dans les prochains jours. « C’est compliqué. On a bien reçu des masques chirurgicaux. Mais les cellules sont petites, confesse un surveillant de la maison d’arrêt de la Santé (Paris, 14e). On fait comme on peut. On essaye de se tenir à distance… »

Selon nos informations, au dernier bilan effectué par l’administration pénitentiaire mardi soir, 1.819 cas symptomatiques et 269 cas positifs ont été recensés parmi les personnels. Auxquels s’ajoutent 650 cas symptomatiques et 34 confirmés chez les détenus.

« C’est sous tension. Comme une prise »

A la Santé comme dans les 187 autres établissements pénitentiaires, des mesures ont été prises pour isoler autant que possible les cas suspects et les cas avérés. Mais ici encore plus qu’ailleurs : impossible de pousser les murs. Après avoir rechigné dans un premier temps, Nicole Belloubet, la garde des Sceaux, a fini par accepter de signer des ordonnances facilitant la sortie de certains détenus en fin de peine.

Entre le 1er et le 30 mars, ce sont donc 4.951 détenus qui ont été libérés grâce à cette mesure, faisant passer la population carcérale de 72.422 à 67.471 détenus. C’est encore trop : la surpopulation a baissé mais elle atteint encore 110 % sur l’ensemble des établissements. « Il y a une sale ambiance, raconte Anthony, 25 ans, un détenu qui a bénéficié d’une sortie anticipée de la prison de Nanterre (Hauts-de-Seine). Les gens sont en train de péter des plombs. C’est sous tension. Comme une prise. »

La pénurie de résine de cannabis tend les détenus

Et ce n’est pas tant la suspension des parloirs familiaux en raison de la situation sanitaire qui crée de l’énervement. « C’est plutôt le manque de moyens dont on dispose, expose un surveillant de la prison de la Santé. Les détenus sont comme nous. Ils voient que nous avons peu de masques, que les portes ne sont pas désinfectées, que les collègues qui reviennent de confinement ne sont pas testés… Alors, ils ont peur. Ils ne veulent pas qu’on s’approche. »

A cette inquiétude s’ajoute aussi une pénurie de résine de cannabis qui a l’habitude de pénétrer dans les prisons via les parloirs aujourd’hui fermés. « Certains sont tendus à cause de cela. D’autres ne parviennent pas à s’acquitter de leurs dettes », poursuit le surveillant pénitentiaire qui décrit une situation sur le point d’exploser. A tel point que, selon lui, de nombreux personnels confessent leur volonté de ne plus venir travailler, même s’ils ne peuvent invoquer, légalement, le droit de retrait. « Ce qu’il va se passer, c’est que les arrêts maladie vont se multiplier… »

Du côté de la Chancellerie, on indique seulement que le rythme des libérations anticipées va se poursuivre afin de soulager les établissements. Et qu’aucun autre projet d’ordonnance sur la situation n’est aujourd’hui à l’ordre du jour. Les associations de soutien aux détenus n’y croyaient de toute façon pas. Elles ont saisi le Conseil d’Etat afin qu’il somme le gouvernement à accélérer la libération de détenus au regard de la situation sanitaire. L’audience aura lieu en urgence vendredi.