Seine-Saint-Denis : Une mère de famille jugée pour avoir mis un contrat sur son ex-compagnon

PROCES L’accusée explique avoir voulu se débarrasser de l’emprise qu’exerçait cet homme sur elle. La victime est désormais paraplégique après avoir été blessée par balle

Caroline Politi

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Un chemin forestier (image d'illustration)
Un chemin forestier (image d'illustration) — KENZO TRIBOUILLARD / AFP
  • Une mère de famille est soupçonnée d’avoir cherché à assassiner son ancien compagnon et père de leur enfant qu’elle accusait de violences.
  • L’homme, grièvement blessé par balle à l’abdomen, est aujourd’hui paraplégique.
  • Les six accusés pour assassinat et complicité encourent la réclusion criminelle à perpétuité.

« Des travaux dans la salle de bains. » Tel était le nom de code de l’incroyable guet-apens dont a été victime Jimmy C., en août 2017. Ce soir d’été, l’homme de 38 ans se promène avec son ex-compagne et leur fils de trois ans en forêt de Bondy, en Seine-Saint-Denis, lorsqu’un homme, tout de noir vêtu, surgit d’un bosquet et lui tire dans l’abdomen avant de prendre la fuite à vélo. « Il m’a dit "je suis désolé" et il a tiré dans ma direction à une reprise », confiera quelques semaines plus tard la victime, désormais paraplégique, aux enquêteurs. Ce mardi, il fera face, dans la cour d’assises de Seine-Saint-Denis, aux six personnes accusées d’avoir fomenté son assassinat*. A commencer par celle qui se trouvait à ses côtés ce soir-là, Amandine Soave, soupçonnée d’avoir porté ce macabre projet.

Un homme décrit comme violent par la principale accusée

Après avoir tenté d’amener les policiers sur la piste d’un règlement de compte sur fond de trafic de drogue, la jeune femme, aujourd’hui âgée de 34 ans, a reconnu en garde à vue avoir commandité cet assassinat afin, dit-elle, de se libérer de l’emprise de son ex-compagnon, dont elle est séparée depuis 2014. « Il m’humiliait quand on était ensemble. Il m’avait dit que si j’avais une histoire avec quelqu’un, il s’en prendrait à mon compagnon. Il y avait des violences aussi », confiera-t-elle au juge d’instruction. Au cours de leurs investigations, les enquêteurs ont effectivement retrouvé quatre mains courantes déposées entre avril et octobre 2016 ainsi que deux procédures pour des violences volontaires​ en 2014 et 2016. L’homme a, par ailleurs, déjà été condamné pour des violences envers sa précédente compagne.

Néanmoins, relève le magistrat dans son ordonnance de mise en accusation, « les violences et le harcèlement, s’ils ont pu exister antérieurement, ne sont nullement caractérisés au moment où Amandine Soave élabore son projet criminel. » Aucune trace de harcèlement téléphonique n’a été mise en lumière, ni de violence ou même menace à l’encontre de ses récents compagnons. « Il n’est pas exclu que, dans son esprit, la relation avec Jimmy C., forcément durable compte tenu de l’existence d’un enfant commun, la mettrait dans une situation de danger », précise néanmoins le juge. Deux expertises psychiatriques ont d’ailleurs conclu à une atténuation de la responsabilité sur ce fondement.

Un projet longuement nourri

A en croire ses proches, tuer son ancien compagnon était devenu une idée fixe pour Amandine Soave. Un premier projet avait, semble-t-il, été élaboré, puis abandonné faute de fonds. « Je savais que ma sœur avait l’envie de se débarrasser de l’autre. Nous en avions parlé plusieurs fois, tous les deux », et ce depuis « 2016 », confiera aux enquêteurs son frère, renvoyé pour complicité. C’est lui, qui, au printemps 2017 lui a présenté un des intermédiaires qui l’a mis en relation avec le tueur à gages, Rudy Poignet. Cet ancien militaire, décrit par ses proches comme « fragile » et « facilement influençable », était jusqu’alors inconnu de la justice. Le contrat était fixé à 10.000 euros. Pour l’honorer, la jeune femme vend sa voiture et emprunte de l’argent à son père. Ce dernier, à qui elle s’était confiée sur son intention de « zigouiller » son ex, est également renvoyé pour complicité. Tous encourent la réclusion criminelle à perpétuité.

* Une septième est renvoyée pour non-dénonciation de crime.