Coronavirus à Marseille : Nouveau report du procès de l’effondrement de la scène de Madonna

JUSTICE Onze prévenus devaient être jugés pour homicides et blessures involontaires ainsi que de multiples infractions au droit du travail

Caroline Delabroy

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Madonna arrive à l'aéroport de Marseille le 19 juillet pour rencontrer les victimes de l'effondrement d'une partie de la scène où elle devait se produire.
Madonna arrive à l'aéroport de Marseille le 19 juillet pour rencontrer les victimes de l'effondrement d'une partie de la scène où elle devait se produire. — V.HACHE/AFP
  • Le procès de l’effondrement de la scène du concert de Madonna au Vélodrome, en juillet 2009, est une nouvelle fois reporté.
  • L’un des avocats de la défense est en effet malade du Covid-19.
  • Une nouvelle audience sera fixée lundi, elle devrait être programmée pour l’automne prochain.

Onze ans, et quelques mois encore à attendre. Cette fois-ci, c’est le coronavirus qui va reporter lundi l’ouverture du procès de l’effondrement de la scène de Madonna devant le tribunal correctionnel de Marseille, indique ce vendredi le parquet. Une nouvelle audience doit être fixée, sans doute pour le mois de septembre prochain. En cause : l’un des avocats de la défense est malade du Covid-19, selon un de ses confrères joint au téléphone. Et le procès, qui doit juger sept personnes et quatre sociétés pour homicides et blessures involontaires, et infractions multiples au droit du travail, doit réunir des acteurs venant de différentes régions en France et d’Angleterre.

Le 16 juillet 2009, une partie du toit de la scène de Madonna s'est effondrée au stade Vélodrome de Marseille.
Le 16 juillet 2009, une partie du toit de la scène de Madonna s'est effondrée au stade Vélodrome de Marseille. - MARINS POMPIERS DE MARSEILLE/ REUTERS

Le 16 juillet 2009, lorsque le toit de la scène de la reine de la pop s’effondre sur la pelouse du Vélodrome, deux techniciens perdent la vie. L’un décède sur place, Charles Criscenzo, un Français de 52 ans. Charles Prow, un Britannique de 23 ans, meurt un peu plus tard à l’hôpital. « C’était un gamin, qui s’était spécialisé depuis plusieurs années dans le montage de structures en hauteur », relate l’avocate de sa famille, Me Charlotte Moreau, pour qui « la jurisprudence Furiani doit s’appliquer ». « Chaque intervenant s’est lavé les mains de la sécurité, poursuit-elle. On a fait travailler des gens dans des conditions hasardeuses, périlleuses. J’estime qu’il n’y a pas un plus responsable que l’autre, ils le sont tous. Ce sont des gens qui font énormément d’argent avec les concerts. De l’autre côté, j’ai une famille qui n’a pas touché un centime depuis plus de dix ans. »

L’Etat français attaqué pour délai déraisonnable ?

« Aucune compagnie d’assurances ne nous a fait une offre de provision », abonde Me Philippe Vouland, qui représente la famille de Charles Criscenzo. « Madonna est venue pleurer il y a dix ans, je voudrais lui dire aujourd’hui de bouger ses assurances si elle est sincère. Aujourd’hui, la famille pleure seule. Elle a longtemps été dans le désespoir. Ils ne comprennent pas tout ce retard, ils attendent des explications ». L’avocat, qui n’exclue pas d’attaquer l’Etat français pour délai déraisonnable, entend notamment « argumenter sur le fait qu’il n’y ait pas eu de plan de prévention ». « Quand plusieurs entreprises interviennent sur un chantier, il y a une réunion préalable de sécurité », avance-t-il.

Dans son audience de renvoi, le juge d’instruction Pierre Philipon est allé jusqu’à qualifier de « totale improvisation » l’organisation du concert de Madonna. Outre la mort des deux techniciens, huit personnes ont été blessées, dont l’une se suicidera deux ans plus tard. La panne de deux moteurs des tours métalliques supportant le toit, due à une forte chaleur, avait conduit à faire appel à une grue de levage et une sangle. Cette sangle, sans doute mal positionnée, s’est transformée en couperet. Pour les experts cités, la présence de personnes sous le toit en cours de levage était, dans tous les cas, « injustifiable ».

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