Affaire Preynat : L’ancien prêtre condamné à cinq ans de prison ferme pour agressions sexuelles sur mineurs

PEDOPHILIE DANS L'EGLISE Le 17 janvier, au moins huit ans de prison ferme avaient été requis à l’encontre du père Preynat, jugé devant le tribunal correctionnel de Lyon

Caroline Girardon

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Bernard Preynat au tribunal correctionnel de Lyon, le 13 janvier 2020.
Bernard Preynat au tribunal correctionnel de Lyon, le 13 janvier 2020. — Laurent Cipriani/AP/SIPA
  • Bernard Preynat, ancien curé du diocèse de Lyon, a été condamné lundi à cinq ans de prison ferme pour agressions sexuelles sur mineurs. Des faits commis dans les années 1970 à 1990.
  • L’ancien curé ne dormira toutefois pas en prison, puisque le tribunal correctionnel de Lyon n’a pas prononcé de mandat de dépôt.
  • Il encourait une peine maximale de dix ans de détention.

Bernard Preynat, ancien prêtre du diocèse de Lyon a été condamné ce lundi matin à cinq ans de prison ferme pour agressions sexuelles sur mineurs. Sans mandat de dépôt. Le 17 janvier, la procureur Dominique Sauve avait requis à son encontre une peine « d'au moins huit années», demandant aux juges du tribunal correctionnel « une réponse pénale ferme ».

Agé de 74 ans, le curé, défroqué depuis, à la suite de son procès canonique, est considéré comme l’un des plus grands prédateurs sexuels de France. Il était poursuivi pour avoir abusé dans les années 1970 à 1990 des dizaines de jeunes scouts qu’il encadrait lorsqu’il officiait au sein de la paroisse Saint-Joseph-Saint-Luc de Sainte-Foy-lès-Lyon. Dix pour lesquels les faits n’étaient pas prescrits ont eu droit à un procès au mois de janvier, soit près de trente ans après ces agressions.

Un jugement « équilibré » pour l’une des parties civiles

« C’est un jugement qui fait la part des choses de façon équilibrée, estime Jean Boudot, avocat de l’une des victimes de l’ancien curé. Il indique que la gravité des éléments ne pouvait pas s’arrêter au temps passé mais, d’un côté, il tient compte que les faits n’ont pas été réitérés depuis 1991. »

L’avocat dit « partager la vision du tribunal » : « On ne juge pas des faits commis il y a trente ans comme s’ils avaient été commis hier. La peine prononcée serait complètement différente si Bernard Preynat avait été jugé tout de suite après les faits ou s’il avait commis d’autres agressions après 1991. Mais il n’en figure aucune dans la procédure. »

Pas de mandat de dépôt

Mais Frédéric Doyez, défenseur de l’ancien prêtre, se satisfait à moitié de ce jugement. « La peine est inférieure aux réquisitions du parquet. A ce titre-là, c’est une décision plutôt favorable aux intérêts de mon client, explique-t-il à 20 Minutes. Mais je regrette qu’elle ne soit pas assortie d’un sursis au regard de l’ancienneté des faits. » Reste à savoir si le principal intéressé fera appel de sa condamnation. « Nous n’en avons pas encore parlé », répond l’avocat. Seul soulagement de son côté : l’ex-curé, âgé de 74 ans, ne dormira pas ce lundi soir en prison puisque le tribunal n’a pas prononcé de mandat de dépôt.

« Au moins, cela a du sens. Le contraire aurait été inhumain », affirme Frédéric Doyez. Ce que déplore Jean Boudot : « Je ne comprends pas que le tribunal n’ait pas prononcé d’incarcération. Cela aurait été un symbole puissant, un message envoyé à ceux qui agressent des enfants, pour leur dire qu’ils ne pouvaient plus vivre dans l’espérance d’échapper à la prison… »

Symbole de l’omerta de l’Eglise

L’affaire Preynat est devenue le symbole de l’omerta en France de l’Église sur la pédophilie. Le cardinal Barbarin a d’ailleurs été jugé pour non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs. Condamné à six mois de prison avec sursis en première instance, l’archevêque de Lyon a été relaxé par la cour d’appel de Lyon, le 30 janvier dernier. Il a depuis remis sa démission au pape François. Démission qui a été acceptée le 6 mars.