Couple tué au Pays basque : Kevin Rouxel et Sofya Bodnarchuk pour la troisième fois face aux assises de Pau

PARRICIDE Pour ce nouveau procès, étalé sur sept jours, Kévin Rouxel s’est dit, selon son avocat, « impatient de pouvoir être jugé »

M.P. avec AFP

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Le tribunal de Pau, dans les Pyrénées Atlantiques, en octobre 2019.
Le tribunal de Pau, dans les Pyrénées Atlantiques, en octobre 2019. — Quentin TOP/SIPA

Ce procès sera-t-il le bon ? A partir de ce mardi, la cour d’assises des Pyrénées-Atlantiques tentera pour la troisième fois de pénétrer le huis clos d’un repas de famille qui a viré au double parricide dans la maison familiale de Labastide-Clairence, un village du Pays Basque situé à une trentaine de kilomètres de Bayonne.  Kévin Rouxel est accusé d’avoir assassiné au revolver ses parents, Pascal et Ewa Rouxel, 55 et 54 ans, avec la complicité de sa compagne Sofya Bodnarchuk, 27 ans, le 20 février 2016.

Il est également soupçonné d’avoir tenté de tuer son frère aîné Yann, atteint du syndrome d’Asperger. Celui-ci avait été découvert par les gendarmes en état de choc tandis que les corps sans vie de ses parents gisaient dans la salle à manger et la cuisine de la ferme familiale. Après un premier procès, en décembre 2018, émaillé d’incidents [un malaise de Sofya Bodnarchuk en plein interrogatoire], le second, en mai 2019, avait aussi dû être renvoyé, en l’absence du principal accusé Kévin Rouxel. Placé en établissement psychiatrique, le jeune homme de 27 ans était alors hospitalisé pour une tentative de suicide.

Les deux accusés s’opposent sur leur version des faits

Pour ce nouveau procès, étalé cette fois-ci sur sept jours, « il est impatient de pouvoir être jugé », a assuré son avocat, Me Emmanuel Zapirain. Car les deux accusés s’opposent sur leur version des faits. Lors du premier procès écourté en décembre 2018, Kévin avait affirmé avoir « agi par cupidité » et évoqué la « détermination » du couple à tuer pour récupérer un pactole estimé entre 1 et 1,5 million d’euro.

Avec son épouse d’origine kazakhe, rencontrée sur Internet, il avait acheté du matériel – alcool à brûler, acide chlorhydrique – pour faire brûler la maison en emportant les biens de valeur. Une « check-list », écrite de sa main, avait même été découverte par les enquêteurs : « Finir trois par "pouf pouf", nettoyer le sol, évacuer trois, placer gaz, alcool à brûler, ouvrir fenêtre ». Trois comme les membres de la famille ; « pouf », comme le bruit d’une arme à feu. La note avait été trouvée dans son pantalon après qu’un projet de fuite eut tourné court.

« Ma cliente appréhende cette audience mais reste combative et déterminée à faire valoir son point de vue. Elle répète qu’elle est innocente des faits qu’on lui reproche et qu’elle n’a participé en rien au coup fomenté par Kévin Rouxel », assure Me Frédéric Dutin, l’avocat de Sofya Bodnarchuk. Il ne croit pas à un nouveau « coup de théâtre » cette fois-ci, que provoqueraient les « errances psychologiques » de Kevin Rouxel.

Sofya Bodnarchuk remise en liberté, sous contrôle judiciaire

Le couple, parent d’une petite fille de 2 ans au moment des faits, aurait fomenté son projet d’assassinat à la suite de dispositions testamentaires prises par les parents Rouxel en faveur de Yann, leur fils aîné. Pour les enquêteurs, les deux auraient « développé un fort ressentiment » à l’égard des parents, « s’estimant délaissés par rapport à la surprotection dont bénéficiait Yann ».

Détenue pendant près de trois ans et poursuivie pour complicité d’assassinat, Sofya Bodnarchuk a été remise en liberté, sous contrôle judiciaire, sur ordre de la chambre d’instruction de la cour d’appel de Pau, le 30 janvier 2019. Elle comparaîtra donc libre mardi. Le procès devrait se terminer le 18 mars.

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