« Gilets jaunes » : Quatre hommes jugés pour l’incendie de la préfecture du Puy-en-Velay

PROCES Agés de 21 à 37 ans, les prévenus comparaissent lundi devant le tribunal correctionnel du Puy-en-Velay pour avoir incendié la préfecture de la Haute-Loire le 1er décembre 2018

Thibaut Chevillard

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Des ''gilets jaunes'' devant la préfecture de la Haute-Loire au Puy-en-Velay, le 17 novembre 2018
Des ''gilets jaunes'' devant la préfecture de la Haute-Loire au Puy-en-Velay, le 17 novembre 2018 — THIERRY ZOCCOLAN / AFP
  • Le 1er décembre 2018, pendant une manifestation de « gilets jaunes » au Puy-en-Velay, des cocktails Molotov sont jetés sur la préfecture de la Haute-Loire alors que des fonctionnaires sont à l’intérieur.
  • Le président de la République, jugeant que l’Etat « a été attaqué », s’y rend quelques jours plus tard, donnant un caractère politique à l’affaire.
  • Ce lundi, quatre hommes âgés de 21 à 37 ans, sont jugés ce lundi pour « dégradation ou détérioration du bien d’autrui par un moyen dangereux pour les personnes ». Ils encourent jusqu’à dix ans de prison.

Scène de guerre au Puy-en-Velay. Le 1er décembre 2018, quelques semaines après le début du mouvement des «  gilets jaunes », 2.500 personnes manifestent aux abords de la préfecture de la Haute-Loire. Très vite, la tension monte. En début d’après-midi, 150 individus parviennent à s’introduire dans la cour du bâtiment et mettent le feu à des pneus. Les forces de l’ordre qui interviennent pour les repousser à l’extérieur, sont la cible de projectiles : 28 policiers et gendarmes seront blessés. Plus tard, des casseurs lancent des cocktails Molotov sur la préfecture, déclenchant plusieurs incendies.

Les pompiers, empêchés par des manifestants d’accéder au bâtiment, ne maîtrisent les flammes qu’en toute fin de soirée. Les dégâts sont importants : le montant des réparations est estimé à l’époque à plus de 1 million d’euros. L’affaire prend une tournure politique quand, quelques jours plus tard, Emmanuel Macron se déplace au Puy-en-Velay pour rencontrer les fonctionnaires présents ce jour-là. « A travers vous, c’est l’Etat qui a été attaqué », dénonce alors le président de la République sur Twitter.

De l’ADN retrouvé sur les projectiles

L’enquête, menée par le service régional de police judiciaire (SRPJ) de Clermont-Ferrand et la direction départementale de la sécurité publique de la Haute-Loire, a permis d’identifier sept suspects, dont trois mineurs. Ce lundi, les quatre hommes majeurs, âgés de 21 à 37 ans, comparaissent pour dégradation ou détérioration du bien d’autrui par un moyen dangereux pour les personnes. Ils encourent jusqu’à dix ans de prison. L’un d’eux, Dylan B., 22 ans, est également poursuivi pour avoir jeté une bouteille remplie d’acide sur les forces de l’ordre lors d’une manifestation, le 8 décembre 2018.

Les enquêteurs avaient retrouvé l’ADN de ce jeune homme sans emploi, déjà connu de la justice pour des affaires de stupéfiants et de violence, sur des projectiles lancés à l’intérieur de la préfecture. Placé en garde à vue le 10 décembre 2018, il reconnaît les faits et explique aux policiers avoir jeté des bouteilles vides contre les fenêtres de la préfecture pour les briser, puis d’autres remplies d’essence à l’intérieur du bâtiment. « C’est quelqu’un qui a de gros problèmes psychologiques et qui s’est embarqué là-dedans comme on va jouer aux boules », nous explique son avocat, Me Jacques Soulier, bâtonnier du Puy-en-Velay.

« On na brûlé la préfecture »

Pendant sa garde à vue, Dylan B. évoque aussi un certain « Chris » qui aurait participé à la dégradation de la préfecture. Ce dernier est identifié et interpellé le 19 décembre 2018. Demandeur d’emploi de 31 ans, père de trois enfants, Christophe F. conteste avoir jeté des cocktails Molotov sur la préfecture mais reconnaît avoir forcé la grille du bâtiment avec d’autres « gilets jaunes ». Mais dans son téléphone, les policiers découvrent un texto embarrassant qu’il a envoyé à sa compagne le jour des faits. « On na brûlé la préfecture » [sic], écrit cet homme, lui aussi connu de la justice. Christophe F. assure également reconnaître sur des photos qu’on lui présente un certain François R.. Surnommé « l’Indien », il aurait allumé l’un des incendies de la préfecture.

Cet homme de 37 ans, ne sachant pas écrire et présentant des difficultés pour lire, est connu de la justice notamment pour des affaires de stupéfiants. Dans un premier temps, il indique en garde à vue être étrangers aux faits. Mais les enquêteurs le confrontent aux images des caméras de surveillance sur lesquelles ont le voit fabriquer un cocktail Molotov et jeter l’engin sur la préfecture. Il finit par reconnaître sa participation aux violences tout en expliquant ne pas se souvenir des événements, ajoutant qu’une maladie génétique lui cause des troubles de la mémoire.

« Des jeunes en déshérence, un peu perdus »

Enfin, mi-décembre 2018, les policiers identifient un autre suspect majeur grâce à une photographie publiée dans le journal L'Eveil. Gabin J., un ambulancier de 21 ans, est interpellé le 27 mars 2019 et placé en garde à vue. Sur des images de vidéosurveillance, il est vu jetant un objet incendiaire sur la préfecture. Aux policiers, il assure qu’il ne savait pas que la bouteille enflammée qu’il avait passée par la fenêtre du bâtiment était un cocktail Molotov.

« Ce ne sont pas des "gilets jaunes" qui sont poursuivis mais des jeunes en déshérence, un peu perdus », entraînés « par la foule », souligne le bâtonnier du Puy-en-Velay, seul avocat des prévenus à avoir accepté de répondre aux questions de 20 Minutes. Jacques Soulier regrette que ce procès soit « déjà politisé alors qu’il ne mérite pas de l’être ». D’ailleurs, alors que le procès devait se tenir le 20 janvier dernier, « il n’y avait pas un seul "gilet jaune" à 500 mètres » autour du tribunal, ajoute-t-il. Avant de conclure : « Si Macron n’avait pas fait le déplacement, il n’y aurait pas eu tout ce battage médiatique. »