Policiers blessés à La Réunion : Un jeune radicalisé condamné à 28 ans de prison ferme, sa mère à 4 ans

TERRORISME Jérôme Lebeau, 25 ans, jeune homme radicalisé qui avait tiré sur des policiers venus l’interpeller en 2017, et sa mère Marie-Annick étaient jugés à Paris pour la première attaque terroriste perpétrée dans un territoire d'Outre-mer

S. A. et J.B avec AFP

— 

La reconstitution de la fusillade entre Jérôme Lebeau (sous la serviette) et le GIPN s'est déroulée le 6 février 2019, cité Fragrance à Saint-Benoît.
La reconstitution de la fusillade entre Jérôme Lebeau (sous la serviette) et le GIPN s'est déroulée le 6 février 2019, cité Fragrance à Saint-Benoît. — David Chane

Une affaire de terrorisme inédite en outre-mer. Jérôme Lebeau, un jeune Réunionnais  radicalisé sur Internet a été condamné ce jeudi à Paris à 28 ans de réclusion criminelle pour avoir tiré sur des policiers venus l’interpeller en 2017, et sa mère, qui avait payé ses armes, à quatre ans de prison ferme.

La cour d’assises spéciale de Paris, qui jugeait sa première affaire terroriste venue d'un département ultramarin, a assorti la peine du jeune homme de 25 ans d’une période de sûreté des deux tiers et ordonné son inscription au Fichier des auteurs d’infractions terroristes (Fijait).

Sa mère, Marie-Annick Lebeau, 59 ans, s’est vue infliger une peine de cinq ans d’emprisonnement, dont un an assorti du sursis avec mise à l’épreuve : elle devra respecter une série d’obligations, dont un suivi psycho-social. Alors qu’elle avait comparu libre, après moins de deux ans de détention provisoire, elle retourne immédiatement en prison. La cour a aussi ordonné son inscription au fichier des auteurs d'infractions terroristes (Fijait).

Des excuses présentées aux victimes

Ces peines sont un peu moins élevées que celles de 30 et 8 ans requises par l’accusation, qui a décrit un « couple infernal » engagé dans l’idéologie djihadiste. La représentante du ministère public avait estimé que la « relation fusionnelle » entretenue par Marie-Annick Lebeau avec son fils avait favorisé « les conditions de passage à l’acte » du jeune homme : convertie à l’islam comme lui, bien que n’ayant qu’une connaissance très superficielle de cette religion et ne portant pas le voile, « elle partageait son engagement radical ».

« La peine de (28 ans) est raisonnable », a réagi Me Laurent-Franck Liénard, l’avocat de l’un des policiers blessés auprès de la chaîne de télévision locale Antenne Réunion. « L’important est qu’il (Jérôme Lebeau) soit loin de la société pendant longtemps, le temps qu’il puisse s’amender et lorsqu’il sortira, soit apaisé dans sa tête, dans son comportement et dans sa pratique religieuse », ajoute-t-il.

Jérôme Lebeau avait souhaité adresser « ses excuses aux policiers » avant le délibéré, rapporte Antenne Réunion. « J’ai conscience de mes actes », avait ajouté le jeune homme, ajoutant avoir peur du verdict. A la barre, il avait expliqué s’être radicalisé au fil des années, mais depuis sa détention (en 2017), il dit tenter de travailler sur lui-même pour s’éloigner de Daesh. Le Réunionnais a obtenu son brevet des collèges l’an dernier derrière les barreaux et espère se réinsérer dans la société. Un « signe du changement pour lui », a estimé son avocate, Ménya Arab-Tigrine.

Un « délire survivaliste »

Le 27 avril 2017 à 6 heures, Jérôme Lebeau avait ouvert le feu sur des policiers venus l’interpeller pour apologie du terrorisme, dans l’appartement où il vivait avec sa mère à Saint-Benoît de La Réunion. Le jeune métis avait été signalé, via la plateforme spécialisée Pharos, pour des propos pro-djihad sur Internet.

Les tirs sont précis, deux policiers, parties civiles au procès, sont blessés en dépit de leurs boucliers. Le jeune tireur est blessé par balle et maîtrisé. Dans l’appartement sont découverts plusieurs armes, 400 munitions, un poignard de chasse : un arsenal qu’il justifiera par un « délire survivaliste ». « Quand j’ai tiré, c’était pour tuer, sinon j’aurais utilisé des balles en caoutchouc », dit-il en garde à vue, avant de nuancer son propos et d’invoquer une « paranoïa » sévère.

Pour l’accusation, « cette tentative de meurtre n’est pas préméditée mais elle n’est pas fortuite. Elle s’inscrit dans un contexte terroriste », qui débute avec la radicalisation de Jérôme Lebeau, qu’il situe lui-même début 2015, se poursuit avec la consultation de centaines de vidéos à la gloire des djihadistes, une tentative de fabrication d’explosifs et des séances d’entraînement au tir. Jusqu’à ce matin d’avril où, désormais « programmé pour tuer », selon l’accusation, il tire sur des policiers « en toute connaissance de cause ».

Un jeune homme sous emprise

L’accusé a quant à lui toujours affirmé qu’il n’avait pas entendu les agents crier « Police » en pénétrant chez lui. S’il avait admis s’être réjoui d’attaques sur le sol français, il a nié avoir eu un tel projet lui-même. Son avocate Ménya Arab-Tigrine n’a pas cherché à minimiser son engagement djihadiste à l’époque, mais souligné qu’il n’avait « rien prémédité » et pas « pas visé » les agents.

Elle a décrit un jeune introverti, un fils étouffé par sa mère et jamais reconnu par son père, passant 14 heures par jour sur son ordinateur et qui avait cru donner un sens à sa vie en adhérant à une « secte extrémiste ». « L’interpellation, c’était la libération de cette cage, de ces emprises. »

L’avocat de Marie-Annick Lebeau, Me Martin Desrues, avait plaidé l’acquittement d’une femme sans aucun antécédent judiciaire, respectant scrupuleusement son contrôle judiciaire et qui ne représentait « aucun danger » pour la société.