Rennes : « Je ne suis pas bon en informatique », assure le cerveau présumé d’une galaxie de sites de streaming sportif

JUSTICE Cinq hommes sont jugés ce jeudi devant la juridiction interrégionale spécialisée de Rennes

Jérôme Gicquel

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Les groupes BeIn Sports et Canal+ se sont constitués parties civiles dans cette affaire.
Les groupes BeIn Sports et Canal+ se sont constitués parties civiles dans cette affaire. — FRANCK FIFE / AFP
  • Cinq personnes accusées d’avoir créé et administré « une galaxie » de sites de streaming sportif sont jugées ce jeudi à Rennes.
  • Les groupes Canal+, BeIn Sports et SFR se sont constituées partie civile dans cette affaire, estimant leurs pertes à plusieurs dizaines de millions d’euros.
  • Le principal prévenu aurait engrangé d’importantes sommes d’argent grâce à des bannières publicitaires affichées sur les sites de streaming, consultés par des millions d’internautes.

EDIT. Le procureur a requis des peines de 100.000 euros d'amende contre le créateur des sites, 20.000 euros contre son complice, et 5.000 euros à l'encontre des trois autres prévenus. Le jugement sera rendu le 28 avril. 

Ils ont inondé la Toile de streamings sportifs pendant plusieurs années, faisant le bonheur de centaines de milliers d’internautes. Tout cela au détriment des détenteurs des droits, à savoir les groupes audiovisuels Canal+, BeIn Sports France et SFR qui se sont portés partie civile. Cinq hommes, âgés de 42 à 56 ans, sont jugés ce jeudi devant la juridiction interrégionale spécialisée de Rennes pour avoir créé et administré « une galaxie » de sites de streaming diffusant en toute illégalité des rencontres sportives, principalement du foot, en direct et en continu sur Internet.

Les noms des sites sont bien connus des amateurs de streaming. En tout une trentaine de « sites miroirs » aux noms de domaines pour le moins explicites vers lesquels les internautes étaient redirigés en se connectant via « un site d’appel » qui changeait de nom tous les deux mois environ. L’audience était considérable avec environ 7,5 millions de visiteurs connectés sur la période de décembre 2014 à septembre 2017 rien qu’en France, classant la plateforme au 780e rang des sites les plus consultés. Et le préjudice tout aussi considérable avec des pertes chiffrées à 29,9 millions d’euros simplement pour Canal+ sur la période.

D’importantes sommes gagnées grâce à la publicité

Les débats se sont focalisés dans la matinée sur l’un des prévenus, un homme de 46 ans résidant à Lécousse (Ille-et-Vilaine). Soupçonné d’être « le cerveau de l’équipe » selon le président François Lavallière, il comparaît aussi pour blanchiment aggravé, étant accusé d’avoir gagné au moins 230.000 euros en France via l’affichage de bannières publicitaires sur les sites en question. Plein d’aplomb, il a affirmé d’emblée à la barre qu’il n’était « pas bon en informatique », même si son activité déclarée d’autoentrepreneur consiste en la réalisation de sites Internet.

Malgré les fausses identités et adresses qu’il fournissait, les enquêteurs avaient retrouvé sa trace en juin 2018 grâce à un numéro de téléphone correspondant à son adresse en Bretagne mentionné sur la page administrateur de l’un des sites. Maniant l’humour, avec une pointe d’ironie, le principal prévenu a tenté de minimiser son implication. « Ce n’était qu’un site vitrine qui ne diffusait aucun contenu, il renvoyait vers d’autres sites qui ne m’appartenaient pas », a-t-il déclaré. L’enquête a pourtant permis d’identifier une soixantaine de noms de domaines déposés par le quadragénaire, « un passionné de foot » mais qui préfère « l’écouter à la radio » plutôt que le regarder.

Des comptes en Suisse et aux Iles Vierges

Un SMS envoyé à l’un des prévenus lors de sa garde à vue interroge également. « Flics, coupe tout », était-il mentionné dans le message. Pour le président, il s’agit là d’une volonté manifeste de « détruire des preuves matérielles ». « Non, c’était pour ne pas continuer la bêtise », a-t-il indiqué, sans plus d’explications. Quant aux revenus qu’il percevait, via notamment des comptes en Suisse et aux Îles Vierges, il a assuré qu’ils provenaient en grande partie « de sites légaux ». Lors des perquisitions, l’une de ses trois maisons, une voiture ainsi qu’une importante somme d’argent avaient été saisies.

L’audience doit se poursuivre cet après-midi avec l’audition des quatre autres prévenus, originaires des quatre coins de la France. Leur rôle présumé dans cette affaire de piraterie en bande organisée reste à éclaircir, certains ayant en charge de modérer les chats, d’autres de souscrire à des abonnements payants avant de les partager ensuite. Pendant leurs auditions, certains avaient d’ailleurs trouvé « légitime » de mettre les programmes sportifs à disposition « pour tous ceux qui n’ont pas les moyens d’acheter un abonnement ». Les cinq prévenus encourent des peines pouvant aller jusqu’à dix ans de prison et 750.000 euros d’amende.

Le procureur a requis des peines de 100.000 euros d'amende contre le créateur des sites Olivier O. et 20.000 euros contre Yannick T. Il n'a réclamé qu'une amende de 5.000 euros à l'encontre des trois autres prévenus. Le jugement sera rendu le 28 avril.