Pollution au chlordécone : Des associations réclament l’ouverture d’une nouvelle enquête aux Antilles

RECHERCHES Le chlordécone, puissant pesticide, a été utilisé jusqu’en 1993 dans les bananeraies des Antilles 

Manon Aublanc

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Une plantation de banane à Roujol, en Guadeloupe, le 9 avril 2018.
Une plantation de banane à Roujol, en Guadeloupe, le 9 avril 2018. — Helene Valenzuela / AFP

Trois associations ont réclamé l’ouverture d’une nouvelle enquête sur l’enfouissement du chlordécone aux Antilles, rapporte Franceinfo, ce jeudi. Alors que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) avait alerté sur sa dangerosité en 1970, ce puissant pesticide a été utilisé jusqu’en 1993 dans les bananeraies.

Par la voix de leur avocat, Christophe Lèguevaques, les associations Vivre, CRAN, et Lyannaj pou depolye Matinik ont demandé l’ouverture une nouvelle instruction sur des possibles stocks de chlordécone enfouis.

Des stocks enterrés sur ordre de l’Etat

L’existence de ces stocks a été révélée par Joël Beaugendre, maire de Capesterre-Belle-Eau en Guadeloupe et ancien député lors d’une commission d’enquête parlementaire en septembre. Selon l’élu, des stocks de chlordécone ont été enterrés au Jardin d’Essai aux Abymes (Guadeloupe).

L’émission Complément d’enquête, diffusée fin février sur France 2, a diffusé le témoignage d’un responsable du service de la protection des végétaux du ministère de l’Agriculture, confirmant avoir enfoui clandestinement du chlordécone. « Au lieu d’envoyer ça dans la nature, l’Etat a fait un trou et l’a mis là-dedans (…) on l’a fait avec mon chef de service dans un endroit propice, on l’a enterré », confie-t-il dans le documentaire.

Du chlordécone dans le sang de neuf Antillais sur dix

Le chlordécone, interdit à la vente depuis 1993, « ne peut plus être ni répandu ni stocké », rappelle l’avocat des trois associations, qui réclame l’ouverture d’une deuxième information judiciaire pour « mise en danger d’autrui ou de pollution ».

En 2007, une première enquête pour « mise en danger de la vie d’autrui par violation manifeste et délibérée d’une obligation de sécurité ou de prudence » avait été ouverte par le pôle santé publique du tribunal de Paris. Mais elle n’a pas abouti. Plus de neuf Antillais sur dix présentent des traces de chlordécone dans le sang, avait révélé Santé publique France publiée dans une étude publiée en 2018.