Procès Fillon : « Il n’a jamais été question de contrepartie » assure Marc Joulaud à propos du poste de Penelope Fillon

COMPTE-RENDU Marc Joulaud, ancien suppléant de François Fillon à l’Assemblée nationale est jugé lui aussi pour « détournement de fonds publics »

Hélène Sergent
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Marc Joulaud est jugé jusqu'au 11 mars 2020 au côté du couple Fillon pour "détournement de fonds publics".
Marc Joulaud est jugé jusqu'au 11 mars 2020 au côté du couple Fillon pour "détournement de fonds publics". — AFP
  • Marc Joulaud, ex-suppléant de François Fillon et actuel maire de Sablé dans la Sarthe est soupçonné d’avoir embauché Penelope Fillon comme collaboratrice parlementaire entre 2002 et 2007, un emploi présumé fictif.
  • Penelope Fillon touchait à l'époque un salaire de 6.200 euros bruts par mois, une rémunération fixée par son mari.
  • A 52 ans, Marc Joulaud a été interrogé longuement par le tribunal lors de cette 5e journée du procès Fillon.

Marc Joulaud n’est pas du genre expansif. Mais l’homme qui s’est avancé à la barre ce mercredi face au tribunal chargé de le juger pour « détournement de fonds publics » au côté du couple Fillon, n’a rien du garçon timide décrit par de nombreux témoins lors de l’instruction. À 52 ans, l’élu et père de famille à la haute silhouette n’est plus ce novice arrivé presque par hasard en politique.

La voix posée, le maire de Sablé-sur-Sarthe, ex-député européen et suppléant de François Fillon à l’Assemblée pendant dix ans, a martelé sans ciller le rôle indispensable joué par Penelope lorsqu’elle était sa principale collaboratrice. Chargé de « tenir la circo » de son mentor pendant ses aventures ministérielles, Marc Joulaud a fermement nié toute forme de « contrepartie ».

« Il faut tenir la circo »

« Il y a trois types de suppléants », a énuméré l’ex-député à la barre. Lui n’a été ni l’héritier, ni le traître mais a volontiers endossé le rôle d’élu de « transition ». Quand François Fillon intègre le ministère des Affaires sociales en 2002, Marc Joulaud a tout juste 34 ans. Très attaché à sa base locale, François Fillon lui donne alors une mission : « Tenir la circo ». Car contrairement à Joulaud, son mentor ne cache pas son ambition.

« Il faut conserver la circonscription si un jour François Fillon veut se représenter aux législatives. En politique, la circonscription c’est la base de tout, le cœur du réacteur », explique Marc Joulaud pendant son audition. S’engage alors une « relation de collaborateur ». Certes, c’est Joulaud qui siège à l’Assemblée nationale, mais il le fait sur et grâce au nom du « patron » François Fillon, lui seul élu par les habitants de la Sarthe.

Un « fil rouge », pas une « contrepartie »

Très vite, le duo se transforme en trio. Collaboratrice de son mari lors de ses mandats de député, Penelope Fillon devient celle de Marc Joulaud dès son arrivée au Palais-Bourbon. Un contrat, prérempli par François Fillon, est présenté au suppléant qui le signe sans tiquer. La rémunération de Penelope Fillon est fixée à 6.200 euros bruts par mois par son mari. À l’époque, ce montant représente 80 % de l’enveloppe allouée à l’élu pour ses collaborateurs parlementaires. La présidente s’étonne auprès de Marc Joulaud : « C’était pourtant vous l’employeur de Mme Fillon, pourquoi n’avez-vous pas rempli cette fiche de poste ? ». « Celui qui a la légitimité, c’est celui qui a été élu, c’est le patron, pas le suppléant », lâche-il.

Et comme toute son action, ce choix est opéré avec le même objectif expose-t-il, tenir et conserver la base électorale de son mentor. « A l’époque, je suis élu à Sablé depuis un an. Mme Fillon, elle y est installée depuis vingt ans. Sa première mission, c’est de me faire connaître, de me donner de la visibilité, de faire ma promotion. Son deuxième rôle, c’est d’être présente dans la circonscription, d’entretenir les liens nombreux qu’elle a tissés sur le terrain, être le réceptacle des doléances des habitants, et de continuer à gérer tout le courrier que les habitants adressent à François Fillon », détaille-t-il.

Mais derrière cette embauche, Marc Joulaud insiste : « Il n’a jamais été question de quelque manière que ce soit de contrepartie (…) François Fillon souhaitait juste que je puisse m’intégrer dans la vie politique départementale ».

Oralité et immatérialité

Inlassablement, la présidente du tribunal a tenté de comprendre l’activité, le rôle et les missions menées par Penelope Fillon auprès de Marc Joulaud. Mais le tribunal s’est heurté au même principe « d’oralité » et à « l’immatérialité » de leurs échanges, un argument déjà avancé par le couple pour justifier les rares archives pouvant témoigner du travail de Penelope. « C’était une organisation très orale, on se voyait le week-end (…) lors de manifestations organisées dans la circonscription (…) ou on se retrouvait quand j’allais au ministère la semaine », se souvient Marc Joulaud.

Penelope Fillon était aussi chargée de lui donner des conseils, de lui présenter des acteurs locaux, de l’orienter dans la gestion de dossiers, de l’accompagner ou le représenter lors de manifestations locales. La présidente insiste : « Vous auriez des noms de personnes qu’elle vous a présentées ? ». Marc Joulaud évoque des « personnes simples et classiques », « des habitants », sans parvenir à les nommer. Les photos sur lesquelles on les voit ensemble sont, elles, quasi inexistantes. Une seule a été retrouvée par les avocats de la défense. Une discrétion bienveillante justifie Penelope Fillon : « Je ne voulais pas donner l’impression que j’essayais de prendre sa place ou de l’écraser, je voulais qu’il soit reconnu pour lui-même ».

Et une bienveillance réciproque puisque Marc Joulaud se montre lui peu regardant sur les congés pris par sa collaboratrice pendant cinq ans. « Je savais qu’elle prenait une semaine l’hiver, trois semaines l’été », confie-t-il. Mais ces périodes ne sont jamais posées formellement et pourtant compensées financièrement à la fin de son contrat. « Je le concède volontiers, tout cela manquait de rigueur », a-t-il reconnu face aux magistrats. Un manque de rigueur que n’a pas manqué de tacler l’un des magistrats du parquet, Aurélien Létocart : « Rien que ça, c’est du détournement de fonds publics ». Jetant un regard embarrassé vers le ministère public, Marc Joulaud bredouille : « J’entends parfaitement. »