Procès Pastor : Le principal accusé Wojciech Janowski, un malade imaginaire ?

PROCES Wojciech Janowski, principal accusé dans l’assassinat de sa belle-mère la milliardaire monégasque Hélène Pastor, ne s’est pas présenté à son procès en appel pour raisons médicales. Des expertises indiquent toutefois qu’il est en bonne santé…

Mathilde Ceilles

— 

Le procès Pastor en appel s'est ouvert lundi 2 mars 2020
Le procès Pastor en appel s'est ouvert lundi 2 mars 2020 — Gérard Julien / AFP
  • Ce lundi s’ouvrait le procès en appel de l’affaire Pastor, du nom de la milliardaire monégasque assassinée en 2014.
  • Mais, coup de théâtre, Wojciech Janowksi, le principal accusé, gendre de la milliardaire et condamné à la perpétuité en première instance, a posé un lapin à la cour d’assises, en raison de son état de santé.
  • Le hic ? Les expertises médicales affirment qu’il simule être malade et la cour lui demande de bien vouloir comparaître à la barre.

A première vue se dégage l’étrange sensation que les mêmes scènes se rejouent, des années plus tard. Le casting de cette affaire rocambolesque est presque le même. Sur le banc des parties civiles, Sylvia Ratkowski, les cheveux plus longs et les traits tirés. Son frère Gildo, devant elle, arbore l’écusson monégasque sur la poitrine. En face, dans le box des accusés , Pascal Dauriac, l’ancien coach de la famille, est là lui aussi, le visage buriné par les années de détention, et les yeux mi-clos. Tout le monde est là ou presque, avocats, prévenus, parties civiles, dans la même salle où, en 2018, la cour d’assises d’Aix-en-Provence s’était penchée des semaines durant sur le meurtre de la milliardaire monégasque Hélène Pastor et de son chauffeur, en 2014.

Tout le monde est là… ou presque. Un acteur célèbre du précédent procès manque à l’appel : Eric Dupond-Moretti, avocat en première instance du principal accusé, Wojciech Janowski, le gendre de la victime, criblé de dettes au moment des faits. Lors du premier procès, le célèbre avocat avait avoué le crime à la place de son client qui, furieux, avait finalement porté plainte contre lui, fait appel de sa condamnation à perpétuité… et changé d’avocat, optant pour sa défense pour Jean-Jacques Campana, connu notamment pour assurer le conseil de Gérald Campanella, figure présumé du grand banditisme corse.

Le coup du lapin

Ce lundi devait s’ouvrir un nouveau chapitre, celui du procès en appel dans cette affaire hors norme. Mais au moment du lever de rideau, un flottement s’empare de la petite salle de la cour d’appel. Coup de théâtre : le principal accusé a posé un lapin à la cour. Selon des déclarations de son avocat, Wojciech Janowski présente un état de santé préoccupant qui justifie son absence à la barre.

« La cour constate que Monsieur Janowski n’est pas présent, s’agace le président de la cour, Jean-Luc Tournier. C’est une longue histoire monsieur Janowski… La défense de monsieur Janowski m’a avisé il y a un mois et demi après qu’il avait une suspicion de récidive de cancer colorectal, car on avait retrouvé du sang dans ses selles. J’ai donc fait procéder à une expertise de monsieur Janowski. Il y a eu un premier examen de monsieur Janwoski qui démontrait qu’il n’y avait pas eu de précédent cancer colorectal et que la prochaine coloscopie devrait normalement se faire en 2022. »

Une « attitude théâtrale »

Peu de temps après, l’avocat de Wojciech Janowski informe la cour que ce dernier « serait hospitalisé suite à un AVC qu’il aurait fait et qu’il serait dans un état hémiplégie. » Le hic ? A l’issue d’un nouvel examen clinique complémentaire, « il résulte qu’il n’y a jamais eu d’AVC, qu’il n’est pas hémiplégique et qu’il y a soit une pathomimie, c’est-à-dire le fait de mimer une pathologie consciemment ou inconsciemment, soit un épisode hystérique, soit une simulation. Mais en tout état de cause, il y a aucune infection problématique et qu’il pouvait très bien comparaître pendant quatre semaines devant la cour d’assises d’Aix-en-Provence… »

Des expertises psychologiques relèvent par ailleurs une « attitude théâtrale » qui pourrait expliquer ce comportement. « Cela peut-être aussi une forme de défense, accuse l’avocat général Pierre Cortés. On veut empêcher son propre avocat d’assurer sa défense. Cette possible stratégie de défense, c’est manifestement celle de Wojciech Janowski. » Lorsqu’un nouveau médecin est dépêché en fin de semaine dernière pour examiner Wojciech Janowski, ce dernier « refuse d’être expertisé » car « il n’était pas d’accord avec les conclusions de la précédente ».

« C’est un légume notoire »

Dans l’après-midi, un huissier est dépêché en urgence à l’hôpital Nord où est pris en charge Janowski pour lui demander de se présenter aussitôt à la barre. Le gendre d’Hélène Pastor refuse, toujours en raison de son état de santé. « Si vous le voyiez, c’est un légume notoire, affirme Me Campana à quelques journalistes. On dit qu’il n’y a pas eu de cancer colorectal. Je dis très bien. Mais comment expliquer que dans sa cellule, c’est tout rouge par terre quand les pompiers le prennent en charge il y a quelques jours ? Je ne suis pas médecin. Quant à l’hémiplégie, je l’ai piqué pour voir, et il ne réagit pas. »

Et d’ajouter : « L’hôpital Nord le garde. Si c’était bidon, il lui dirait de retourner en prison. Mais le plus important, c’est même pas tant l’état de santé de Janowski (que) les droits de la défense. Il a le droit de s’expliquer et aujourd’hui, ce n’est pas possible. » L’avocat demande le renvoi du procès, au motif notamment qu’il n’a pas pu s’entretenir avec son client ces derniers jours.

Une demande rejetée en bloc par la cour, qui accepte toutefois une autre demande, dans un énième rebondissement : celle de disjoindre le cas du tireur dans cette affaire. Ce dernier est en effet représenté par Me Berton, dans l’incapacité de se présenter au procès puisqu’il défend au même moment dans le Pas-de-Calais un certain Redoine Faïd. Quant à Wojciech Janowski, le gendre d’Hélène Pastor a fait l’objet d’un nouvel examen médical dont on connaîtra les conclusions ce mardi, et un huissier se présentera de nouveau dans la matinée à l’hôpital Nord pour l’inviter à se rendre à son procès, sans pour autant l’y contraindre.