Procès Fillon : « Madame, nous avons mal pour vous », lance le procureur à Penelope

PROCÈS François Fillon est accusé d'avoir rémunéré son épouse, Penelope, comme assistante parlementaire, quand il était député alors qu'elle n'exerçait pas réellement de fonction

Vincent Vantighem

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Paris, le 24 Février 2020. François et Penelope Fillon sortant de leur domicile pour se rendre au palais de justice où ils sont jugés jusqu'au 11 mars.
Paris, le 24 Février 2020. François et Penelope Fillon sortant de leur domicile pour se rendre au palais de justice où ils sont jugés jusqu'au 11 mars. — Martin BUREAU / AFP
  • François et Penelope Fillon sont jugés jusqu’au 11 mars pour « détournement de fonds publics » et « abus de bien sociaux ».
  • François Fillon est accusé d’avoir rémunéré son épouse comme collaboratrice parlementaire alors qu’elle n’exerçait pas de réelles fonctions, selon l’accusation.
  • L’ancien Premier ministre va contester les faits. Si les preuves manquent, il assure toujours que son épouse a été « sa première et plus importante collaboratrice ».

Il était un peu plus de 16 h quand Bruno Nataf, l’un des deux vice-procureurs du Parquet national financier, a laissé parler son cœur. « En vérité, nous avons mal pour vous, Madame… » Trois mètres devant lui, à la barre, Penelope Fillon se débat, d’une voix blanche depuis plus d’une heure, avec les détails d’un dossier d’accusation qui semblent la dépasser. Qui l’engloutissent complètement…

Et pourtant, il ne reste plus que « l’honneur » à sauver. Celui d’un ancien candidat à l'Elysée, celui de son épouse. C’est en tout cas l’objectif que François Fillon a annoncé, à la même barre, à peine une heure plus tôt. « L’élection présidentielle [de 2017] est perdue, mon courant de pensée aussi, a-t-il indiqué dans son propos liminaire. Les dégâts sont [de toute façon] irréparables… »

Mais on ne connaît peut-être pas encore leur réelle étendue. Au premier jour du procès consacré au fond de l’affaire dite des « emplois fictifs », Penelope Fillon a sombré à la barre, incapable d’expliquer ce qu’elle a fait auprès de lui depuis 1981, alors qu’elle était rémunérée pour un travail d’assistante parlementaire.

Un rapport sur l’organisation du secrétariat à 30.000 francs

Nathalie Gavarino, la présidente de la 32e chambre devant laquelle ils comparaissent pour « détournement de fonds publics », dispose d’une voix douce. Mais ses questions sont tranchantes. « Vous faisiez des recherches en bibliothèque ? », lui demande-t-elle alors que le tribunal s’attarde sur les études sur « l’aménagement du bocage sabolien » ou « la vie économique de la Sarthe en 1986 » que Penelope est censée avoir pondu pour le compte de François. « Euh non… C’était un travail très général… Très local… », répond-elle sans que cela n’ait aucun sens. « Cela faisait combien de pages ? » Nouvelle hésitation à la barre… « Une cinquantaine peut-être… Soixante ? » On ne le saura jamais : personne n’en a retrouvé la trace.

Enfin si. Sur les fiches de paye. Car Penelope Fillon était grassement payée pour tout cela. Plus que les autres collaborateurs de son mari, à l’exception de celui chargé d’écrire les discours. Et quand elle passait à mi-temps, son salaire baissait d’un tiers seulement… Un rapport sur « l’organisation du secrétariat » de son mari ? 30.000 francs. « Soit neuf fois le SMIC », fait remarquer l’un des deux procureurs chargés de porter l’accusation. A la barre, Penelope se liquéfie.

Elle blêmit aussi quand vient l’heure d’aborder la question des congés. Elle n’en posait jamais. Mais en prenait. Et se faisait tout de même payer une indemnité compensatrice à la fin de chaque contrat… « Je pensais que l’Assemblée nationale s’occupait de regarder... », finit-elle par lâcher. « Mais comment l’Assemblée pouvait-elle savoir quand vous partiez en vacances ? », lui demande alors Aurélien Létocard, l’autre vice-procureur du parquet, comme une évidence.

Penelope était « la plus diplômée »

Pas besoin d’attendre de réponse. Pour toutes les questions administratives, Penelope renvoie vers son mari, qui a passé une bonne partie de l’audience à regarder le plafond. Vers 17 h, le voilà qui s’avance à son tour à la barre. Les deux mains bien à plat sur le pupitre, il défend le travail de son épouse.

Et il a pour lui d’avoir la force de conviction d’un homme rompu à la politique. « Il n’y a pas un seul discours que Penelope n’a pas relu (…) Elle connaissait remarquablement bien les interlocuteurs qui étaient les miens (…) Elle était la plus diplômée de mes collaborateurs », enchaîne-t-il. Et surtout, « c’est moi qui fixais la rémunération en fonction des règles de l’Assemblée nationale. »

Le discours est habile. D’autant plus persuasif qu’il est invérifiable. La présidente de la 32e chambre le sait parfaitement et rappelle toujours de sa voix douce qu’elle consacrera une partie de procès à étudier les preuves véritables du travail effectué par Penelope Fillon. Avant ça, le procureur s’était permis de rappeler qu’il avait de la « compassion » pour elle. Sans doute parce qu’il sait que le procès doit encore durer jusqu’au 11 mars. Et que, tout comme son mari, elle encourt une peine de dix ans de prison.

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