Procès Fillon : « La stratégie de victimisation se poursuit », tacle déjà le parquet

PROCÈS Après un report lundi, le procès de l’ancien Premier ministre et de son épouse, Penelope, s’est ouvert ce mercredi devant la 32e chambre du tribunal judiciaire de Paris

Vincent Vantighem

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Paris, le 24 février 2020. Penelope et François Fillon arrivent au tribunal judiciaire de Paris pour y être jugés pour «détournement de fonds publics»
Paris, le 24 février 2020. Penelope et François Fillon arrivent au tribunal judiciaire de Paris pour y être jugés pour «détournement de fonds publics» — Lionel BONAVENTURE / AFP
  • François et Penelope Fillon doivent être jugés jusqu’au 11 mars pour « détournement de fonds publics » et « abus de bien sociaux ».
  • François Fillon est accusé d’avoir rémunéré son épouse comme collaboratrice parlementaire alors qu’elle n’exerçait pas de réelles fonctions, selon l’accusation.
  • L’ancien Premier ministre va contester les faits. Si les preuves manquent, il assure toujours que son épouse a été « sa première et plus importante collaboratrice ».

Encore un ultime sursis avant de devoir se justifier… François et Penelope Fillon n’ont pas encore eu à prendre la parole, ce mercredi, au deuxième jour de leur procès pour « détournement de fonds publics » et « abus de biens sociaux ». Deux jours après une audience  écourtée en raison du mouvement de grève des avocats, la 32e chambre du tribunal s’est contentée, ce mercredi, d’écouter les deux questions prioritaires de constitutionnalité présentées par les avocats de la défense.

Estimant que les accusations portées à l’encontre de l’ancien Premier ministre et de son épouse ne sont pas conformes à la Constitution en raison de problèmes de prescription d’une part et de séparation des pouvoirs d’autre part, les avocats ont demandé le renvoi du procès le temps que leurs demandes soient examinées par la Cour de cassation. De son côté, le Parquet national financier (PNF) a requis le rejet de leurs demandes. La décision du tribunal correctionnel sur ces questions de procédure sera rendue ce jeudi à 13 h 30.

Un délit puni de mort par pendaison sous l’Ancien Régime

Si le procès se poursuit comme prévu, il risque de détoner. Au détour des débats techniques évoqués ce mercredi, les avocats de François et Penelope Fillon et les magistrats du parquet n’ont pas hésité à s’envoyer des piques bien senties. La première mèche a été allumée par Pierre Cornut-Gentille, avocat de Penelope Fillon. En filigrane de son propos sur les délais de prescription, il n’a pas hésité à critiquer les fuites dans la presse et surtout « la promptitude » avec laquelle le parquet national financier avait ouvert son enquête en 2017.

« Tout le monde se souvient que, quelques mois plus tard, un ministre du nouveau gouvernement a été mis en cause pour des faits de "favoritisme" et que le PNF n’a pas bronché », a-t-il taclé, faisant allusion à la mise en cause de Richard Ferrand dans l’affaire des Mutuelles de Bretagne.

Aurélien Létocard, l’un des deux procureurs chargé de porter l’accusation, a répondu du tac-au-tac. Estimant que l’avocat avait « ouvert et refermé beaucoup de parenthèses dont le lien avec le procès est pour le moins ténu », il a carrément rappelé, au passage, que le délit de « détournement de fonds publics » – dont sont accusés aujourd’hui les prévenus – était puni de la mort par pendaison sous l’Ancien Régime…

Toujours « de la politique dans ce dossier »

La référence n’a pas fait sourire Antonin Lévy, qui défend François Fillon. Chargé à son tour de détailler la question prioritaire de constitutionnalité consacrée à la séparation des pouvoirs, il n’a pas pu s’empêcher de critiquer l’enquête menée au moment de la campagne présidentielle, se disant surpris que les magistrats du parquet « remettent [aujourd’hui] de la politique dans ce dossier... ».

Bien installé derrière son pupitre, Bruno Nataf, le second procureur, a alors pris la peine de se lever pour déplorer le fait que « trois ans après [la révélation des faits], la stratégie de victimisation [des Fillon] se poursuit » et donc de réclamer le rejet des demandes de la défense…

L’ex-Premier ministre et son épouse ont quitté le prétoire sans un mot. Ils savent que si le tribunal décide de la poursuite des débats, ils auront l’occasion de donner leur point de vue dès demain. Et jusqu’au 11 mars. Ils encourent une peine de dix ans de prison et 150.000 euros d’amende.

Retrouvez en direct les débats de ce procès sur le compte Twitter de notre journaliste :  @vvantighem