Femme tuée par des chiens : Pourquoi la justice doit faire appel à un labo privé (très cher) pour analyser l'ADN ?

ENQUÊTE Les analyses ADN sur les chiens n’ont toujours pas été réalisées en raison du coût important de la procédure

Mikaël Libert

— 

Illustration sur le séquençage ADN à l'Institut Pasteur de Lille.
Illustration sur le séquençage ADN à l'Institut Pasteur de Lille. — M.Libert / Archives 20 Minutes
  • Des analyses ADN doivent être pratiquées sur 62 chiens après la mort d’Elisa Pilarski.
  • Le montant du devis a incité la juge d’instruction à faire jouer la concurrence.
  • Les laboratoires de la police et de la gendarmerie ne sont pas équipés pour ce type de prestation.

La justice, oui, mais pas à n’importe quel prix. Jeudi, France Info a révélé que les analyses ADN sur 62 chiens réclamées par la juge d’instruction en charge de l’affaire Pilarski n’avaient pas été réalisées. En cause, le prix très élevé du devis établi par un laboratoire spécialisé installé à Bordeaux. Si la magistrate entend faire jouer la concurrence, elle devra néanmoins s’attendre à devoir verser une somme conséquente.

Elisa Pilarski est morte, en novembre dernier, dans une forêt de l’Aisne, des suites de nombreuses morsures de chiens. Dans le cadre de l’enquête, la juge d’instruction a demandé que des analyses ADN soient réalisées sur une soixantaine de chiens, dont cinq appartenant à la victime et les autres constituant une meute de chasse à courre.

Des prélèvements ont ainsi été effectués sur les animaux en question ainsi que sur le corps d’Elisa Pilarski, plus de 300 en tout selon une source proche du dossier. Placés sous scellés, les prélèvements ont été envoyés au laboratoire d’hématologie médico-légale de Bordeaux, un des plus réputés avec lesquels travaillent habituellement les services de police et de gendarmerie.

Pas d’autre choix que de passer par un laboratoire privé

Selon les sources, le montant du devis établi par le laboratoire privé est compris entre 100.000 et 200.000 euros. « C’est une somme qui peut paraître élevée en effet, mais tout dépend des analyses qui seront effectuées », confie à 20 Minutes une source au sein de la police scientifique. Selon cette même source, les tarifs pratiqués par l’Institut national de police scientifique (INPS) pour des analyses ADN varient de 22 à 37 euros, 67 euros pour un traitement en urgence. Alors pourquoi la magistrate ne fait pas appel à leurs services ? « Nous ne pratiquons pas ce type d’analyses sur des animaux parce que nous ne disposons pas du matériel nécessaire », explique-t-on à l’INPS. Idem pour l’IRCGN, l’équivalent chez les gendarmes : « C’est en cours de développement chez nous, mais le process n’est pas encore opérationnel », explique à 20 Minutes une source de la gendarmerie.

La juge d’instruction n’a d’autre choix que se tourner vers le privé et ses tarifs non réglementés. La magistrate n’entend cependant pas débourser une somme astronomique, son budget n’étant pas illimité. Si les crédits pour le fonctionnement de la justice sont alloués chaque année par le ministère, les budgets, eux, sont régionalisés. Le tribunal de grande instance (TGI) de Soissons, où est instruite l’affaire Pilarski, dépend de la cour d’appel d’Amiens. Cette dernière a été dotée de sept millions d’euros de budget pour les frais de justice de sept TGI répartis dans la Somme, l’Aisne et l’Oise.

Des expertises de masse pas toujours concluantes

Un devis concurrentiel a donc été demandé par la magistrate à un autre laboratoire dont le nom n’a pas été divulgué. Elle a d’ailleurs réaffirmé, jeudi, que les «expertises ADN ne sont absolument pas abandonnées. » Il y a d’autres possibilités pour faire baisser la facture, selon notre source à l’INPS : « On procède parfois avec la technique de l’escargot, en pratiquant des expertises sur un petit nombre de prélèvements puis en élargissant selon le besoin. »

Il y a eu des précédents d’enquêtes ayant nécessité des analyses en masse d’ADN. La première remonte à 1997, après le meurtre de Caroline Dickinson. Plus de 4.000 tests ADN avaient été réalisés pour aboutir à l’interpellation de Francisco Arce Montes. Il y en a eu d’autres depuis, dont l’affaire Estelle Mouzin, en 2003. Plus récemment, en 2014, environ 500 élèves et personnels d’un lycée de la Rochelle avaient été soumis à un prélèvement ADN après le viol d'une élève dans l’enceinte de l’établissement. Les analyses n'avaient rien donné.