Soirées de Carlos Ghosn à Versailles : L’enquête sur les soupçons d’abus de biens sociaux confiée à un juge d’instruction

ENQUETE Cette enquête porte sur deux soirées privées organisées au château de Versailles en 2016 par Carlos Ghosn

Manon Aublanc

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Carlos Ghosn lors de sa conférence de presse, le 8 janvier 2020, au Liban.
Carlos Ghosn lors de sa conférence de presse, le 8 janvier 2020, au Liban. — JOSEPH EID / AFP

Un an après son ouverture, l’enquête sur des soupçons d’abus de bien sociaux chez Renault, visant notamment son ex-patron Carlos Ghosn, a été confiée à un juge d’instruction, a annoncé le parquet de Nanterre (Hauts-de-Seine), ce mercredi.

Cette information judiciaire a notamment été ouverte « pour abus de biens sociaux, abus de confiance aggravés, faux et usage, blanchiment aggravé d’abus de biens sociaux (…) » pour des faits commis entre 2009 et 2020, précise le parquet dans un communiqué.

Une soirée à 50.000 euros

En mars 2019, le parquet de Nanterre avait ouvert une enquête sur le financement de deux soirées privées au château de Versailles. L’ancien patron de l’alliance Renault-Nissan est notamment soupçonné d’avoir organisé ces deux soirées en échange d’une convention de mécénat signée entre la marque au losange et l’établissement qui gère le château. La justice soupçonne la première fête, organisée le 9 mars 2014, d’avoir eu lieu en l’honneur des 60 ans du patron déchu et non pour célébrer les quinze ans de l’alliance Renault-Nissan.

D’après un audit interne commandé par Renault, 94 des 154 invités à ce banquet supervisé par le chef Alain Ducasse étaient des proches de l’homme d’affaires (enfants, sœurs, cousins, amis…), essentiellement d’origine libanaise. Carlos Ghosn est également soupçonné d’avoir obtenu la location du Grand Trianon, dans le parc du château, pour l’organisation en octobre 2016 de son mariage avec Carole Ghosn, une prestation évaluée à 50.000 euros.

Une autre information judiciaire ouverte à Paris

La convention de mécénat signée entre Renault et le Château de Versailles, d’un montant de 2,3 millions d’euros, autorisait le constructeur automobile à recevoir une contrepartie à hauteur de 25 % de son mécénat. L’ex-grand patron, âgé de 65 ans, est aussi dans le viseur de l’office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (Oclciff) pour des « flux financiers suspects » entre Renault et le distributeur du constructeur automobile français à Oman, Suhail Bahwan Automobiles (SBA).

Une autre information judiciaire est déjà en cours, à Paris, pour des faits d'« abus de biens sociaux » et de « corruption passive ». Elle porte sur des contrats signés par RNBV, la filiale néerlandaise à 50-50 entre Nissan et Renault censée incarner l’alliance, lorsque Carlos Ghosn en était le PDG. La candidate LR à la mairie de Paris Rachida Dati et le criminologue Alain Bauer ont touché environ un million d’euros chacun pour des missions de conseil dont aucune trace n’a été retrouvée.