Mort du petit Tony : Le procès des parents de l’enfant martyr renvoyé en raison de la grève des avocats

PROCES L’enfant de 3 ans est mort en 2016 sous les yeux de sa mère, après avoir été martyrisé pendant plus d’un mois par son beau-père

Vincent Vantighem

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Reims (Marne), le 30 novembre 2016. Une femme tient une photo du petit Tony, lors d'une marche blanche en sa mémoire.
Reims (Marne), le 30 novembre 2016. Une femme tient une photo du petit Tony, lors d'une marche blanche en sa mémoire. — FRANCOIS NASCIMBENI / AFP
  • Tony, 3 ans, est mort en novembre 2016 à Reims après avoir été la cible des coups de son beau-père pendant plus d’un mois.
  • Loïc Vantal encourt trente ans de réclusion pour « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». La mère de l’enfant comparaît, quant à elle, pour « non-assistance à personne en péril » et risque cinq ans de prison.
  • La cour d’assises a finalement décidé de renvoyer le procès en raison de la grève des avocats contre le projet de réforme des retraites.

A la cour d’assises de la Marne, à Reims

Un peu de politique dans le prétoire. La cour d’assises de la Marne a renvoyé, ce mardi matin, le procès de Loïc Vantal accusé des « violences ayant entraîné la mort de Tony, 3 ans, sans intention de la donner » à la demande notamment des avocats de la défense, qui souhaitaient ainsi protester contre le projet de réforme des retraites, porté par le gouvernement.

« Ce n’est pas par plaisir [qu’on demande ce renvoi]. Je crois qu’on a tous travaillé le dossier, a expliqué David Scribe, l’avocat de l’accusé. Mais c’est l’État qui nous vole ce procès. C’est l’État qui ne nous permet pas de nous défendre... » » Prévenue, de son côté, des faits de « non-assistance à personne en péril » et de « non-dénonciation de crime », Caroline Létoile, la mère du petit Tony qui comparaît libre, a, elle aussi, autorisé ses avocats à demander le renvoi. Mais une fois la décision de la cour rendue, elle n’a pas pu s’empêcher de s’effondrer en larmes devant le box où comparaissait son ancien compagnon.

Une marche blanche en hommage à Tony, 3 ans, s'est déroulée dans les rues de Reims, mercredi 30 novembre.
Une marche blanche en hommage à Tony, 3 ans, s'est déroulée dans les rues de Reims, mercredi 30 novembre. - FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

L’accusé menaçait de ne répondre à aucune question

Trois ans après cette sordide affaire, la cour n’a pas eu d’autre choix que d’accéder à la requête des avocats en colère qui, pour l’occasion, arboraient un rabat rouge sur leur robe noire. « Traditionnellement, les cours d’assises sont épargnées par les mouvements de grève, a bien tenté la présidente, Catherine Morin-Gonzalez. Ce dossier ne pourra sans doute pas être jugé avant 2021. Cela aura des conséquences inévitables… »

Notamment sur le quotidien de Loïc Vantal, qui est en détention provisoire depuis 2016 pour ces faits. Cheveux rasés à l’exception d’une crête, le jeune homme boudiné dans un survêtement noir ne s’est pourtant pas opposé à la demande de renvoi. « Je suis d’accord avec mon avocat. [Si le procès se tient], je ne répondrais à aucune question », a-t-il lâché, sur un ton aussi arrogant que menaçant.

Matthieu Bourrette, l’avocat général, a bien proposé de garder le silence pendant les débats, comme les avocats de la défense, afin que le procès se tienne quand même. Mais sa « solution » a été rejetée par l’ensemble des parties présentes. Y compris par Olivier Chalot, l’avocat du père de Tony, qui s’est associé à la demande de ses confrères par « dignité » et afin d’avoir un procès qui ne soit pas « au rabais ».

La réforme et ses conséquences pour l’aide juridictionnelle

Depuis plusieurs semaines, les avocats protestent contre le projet de réforme qui prévoit de les intégrer dans le régime universel de retraite et de doubler le taux de leurs cotisations (de 14 à 28 %). Ils souhaitent conserver leur régime autonome qui, expliquent-ils, reverse chaque année des fonds au régime général. « On fait grève pour tous ceux qui bénéficient de l’aide juridictionnelle, comme Loïc Vantal. Ils n’auront plus d’avocats, demain », a argué David Scribe.

Déjà condamné à sept reprises pour des faits de violences, le jeune homme encourt, pour les coups ayant visé Tony, une peine de trente ans de réclusion criminelle. La mère du garçonnet risque, pour sa part, cinq ans de prison.

La présidente a indiqué que leur procès se tiendrait désormais lors de la première session d’assises de l’année 2021.

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