Mort du petit Tony : Le procès des parents de l’enfant, martyrisé pendant un mois, s’ouvre à Reims

PROCÈS Devenu le « souffre-douleur » de son beau-père, Tony, 3 ans, est mort en novembre 2016 à Reims

Vincent Vantighem

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Reims, le 1er décembre 2016. Des anonymes ont déposé des bougies en mémoire du petit Tony, 3 ans, mort sous les coups de son beau-père.
Reims, le 1er décembre 2016. Des anonymes ont déposé des bougies en mémoire du petit Tony, 3 ans, mort sous les coups de son beau-père. — François Nascimbeni / AFP
  • Tony, 3 ans, est mort en novembre 2016 à Reims après avoir été la cible des coups de son beau-père pendant plus d’un mois.
  • L'auteur présumé est jugé à partir de ce mardi aux assises de la Marne. Il encourt 30 ans de réclusion pour « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».
  • La mère de l’enfant comparaît, quant à elle, pour « non-assistance à personne en péril ». Elle risque cinq ans de prison.

A la cour d’assises de la Marne, à Reims.

C’était autant un aveu d’impuissance qu’une funeste prémonition. Quand elle a été entendue par les enquêteurs, Caroline Létoile a expliqué qu’elle avait « averti » son compagnon, Loïc Vantal.  Qu’elle l’avait prévenu qu’il tuerait « certainement » son fils Tony s’il continuait à le battre comme il le faisait depuis un mois. Le garçonnet de trois ans est mort quelques jours plus tard d’une double rupture de la rate et du pancréas due à des coups de poing violents portés à l’abdomen.

Un peu plus de trois ans après les faits, l’ancien couple doit comparaître, ce mardi, devant la cour d’assises de la Marne, à Reims. En détention provisoire, Loïc Vantal encourt une peine de trente ans de réclusion criminelle pour « violences volontaires ayant entraîné la mort [de Tony] sans intention de la donner ». Libre sous contrôle judiciaire, Caroline Létoile, la mère de l’enfant, risque, quant à elle, cinq ans de prison pour les délits de « non-assistance à personne en péril » et de « non-dénonciation de crime ».

Des traces de sang retrouvées partout dans l’appartement

Le long du lit en bois. Sur le flanc de l’armoire. Sur le dossier du canapé. Au sol devant le fauteuil. Sur le seau. A côté du petit bureau. Dans les toilettes. Sur la cuvette. Dans la salle de bains. Sur le sol de l’entrée. Sur le buffet situé à gauche de la pièce à vivre. Dans l’évier aussi… Ce 26 novembre 2016, quand les policiers ont passé le révélateur, après la mort de Tony, ils se sont aperçus que son sang avait en réalité coulé quasiment partout dans cet appartement situé au 6e étage d’un immeuble de la place des Argonautes, à Reims. « Je n’ai jamais vu un rapport d’autopsie aussi dégueulasse que celui de Tony… », confie, à ce propos, une source proche du dossier ; pourtant habituée à ce type de procédures.

En garde à vue, Caroline Létoile n’a pas mis longtemps à expliquer que son fils était devenu, « depuis plus d’un mois », le souffre-douleur de son nouveau compagnon. Que celui-ci le violentait régulièrement lorsqu’il répondait mal ou pas aux questions posées. Des propos confirmés par une amie qui précise que le concubin de Caroline Létoile traitait régulièrement l’enfant de « crasseux », de « bâtard »… Sans parler des voisins qui l’entendaient, le matin, promettre de lui « mettre [sa] gueule dans la pisse ». Avant que ne résonnent les coups et les pleurs…

Une marche blanche en hommage à Tony, 3 ans, s'est déroulée dans les rues de Reims, mercredi 30 novembre.
Une marche blanche en hommage à Tony, 3 ans, s'est déroulée dans les rues de Reims, mercredi 30 novembre. - FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

« Cet enfant aurait pu passer la Noël 2016 ! »

Au-delà de l’horreur, c’est aussi l’attitude des proches du couple qui avait marqué les esprits, à l’époque des faits. L’enquête avait rapidement révélé que plusieurs personnes avaient entendu les plaintes de Tony, sans pour autant réagir. Ce qui avait fait sortir Matthieu Bourrette, le procureur de Reims, de ses gonds. « Si les services de police avaient été alertés par le voisinage, cet enfant aurait pu passer la Noël 2016 ! », avait-il asséné alors.

Jugé en correctionnelle en octobre 2019 pour « non-dénonciation de crime », l’un de ses voisins a bénéficié d’une relaxe et attend désormais d’être jugé en appel. Pour sa défense, il avait expliqué lors de l’audience qu’il entendait plus les « menaces » du beau-père de Tony que les cris de l’enfant. « Pour moi, c’était inconcevable qu’il passe à l’acte », avait-il argué.

Des menaces qui semblaient terroriser jusqu’à la compagne même de Loïc Vantal, déjà condamné sept fois pour des faits de violences par le passé. La mère de Tony a en effet expliqué que c’est par « peur » de son conjoint qu’elle n’avait pas réagi pour empêcher la mort de son enfant. Contactée par 20 Minutes, son avocate n’a pas répondu à nos sollicitations. Pas plus que celui de son ex-concubin. Selon nos informations, ils pourraient, ce mardi, demander le renvoi du procès en raison de la grève des avocats lancée pour protester contre le projet de réforme des retraites. Si leur demande est rejetée, le procès devrait durer toute la semaine. Le verdict pourrait alors être rendu vendredi soir.

Suivez en direct le déroulement du procès sur le compte Twitter de notre journaliste :  @vvantighem