Marseille : Prison avec sursis pour les marins du « Rhodanus », cargo « fantôme », échoué en Corse

MER Deux marins du « Rhodanus », ce cargo qui s’était échoué dans une réserve naturelle de Corse, ont été condamnés à six mois de prison

20 Minutes avec AFP

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Le navire Rhodanus s'est échoué dans la plus grand réserve naturelle de France, à Bonifacio en Corse
Le navire Rhodanus s'est échoué dans la plus grand réserve naturelle de France, à Bonifacio en Corse — PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP
  • Deux marins du Rhodanus, ce cargo « fantôme » qui s’était échoué en Corse, ont été condamnés à six mois de prison avec sursis.
  • Le chef de quart et le capitaine étaient en train de dormir lorsque le cargo s’est échoué dans une réserve naturelle de l’île.

Le chef de quart s’était endormi à la barre et son cargo, tel un « navire fantôme », s’était échoué dans une réserve naturelle de Corse. Ce marin ainsi que le capitaine du Rhodanus ont écopé vendredi de six mois de prison avec sursis. Aucun des deux Russes, également condamnés à des amendes allant jusqu’à 3.000 euros, n’était présent à l’audience devant le tribunal de Marseille.

« Je me suis posé sur le canapé, j’ai fait un café et je me suis endormi net. Le bruit du choc m’a réveillé », avait raconté devant les enquêteurs le chef de quart de 44 ans, après l’accident survenu en octobre. Suivant les réquisitions du procureur dans cette affaire qui n’a causé ni blessé ni pollution, le tribunal maritime a également interdit à ces deux marins russes de naviguer pendant trois ans dans les eaux françaises.

Chargé en Italie de bobines d’acier, le cargo avait mis le cap en octobre sur Arles (Bouches-du-Rhône) via les Bouches de Bonifacio, le détroit de 11 kilomètres de large entre la Sardaigne (Italie) et la Corse.

Aide refusé par le capitaine

Vers 2h30 du matin, les autorités maritimes françaises et italiennes se sont inquiétées de voir ce bâtiment de 90 mètres de long sur 12 mètres de large prendre une trajectoire inhabituelle, en pleine zone naturelle protégée. Pendant cinquante minutes, les autorités tenteront de joindre le navire par radio, en vain : le chef de quart, recruté avec pour seule expérience maritime celle de « pousseur-remorqueur » au port de Saint-Pétersbourg, s’est endormi à la barre.

Un hélicoptère Puma s’envole mais ne parvient pas à empêcher le cargo de s’échouer sur la côte corse, l’étrave posée sur un rocher. Les secours sont sur place peu après le choc, mais pendant plus de deux heures, le capitaine du bateau refuse toute aide et tente de dégager lui-même son bâtiment. « Pour ce genre de navires, les consignes de la compagnie priment sur celles des autorités civiles », a déploré le président du tribunal, Florent Pascal.

Le procureur Franck Lagier a égrené une série « de manquements et de négligences » à bord de ce bateau battant « pavillon de complaisance d’Antigua-et-Barbuda », qui a fendu la nuit tel un « navire fantôme sans commandant ».

Le marin de quart avait débranché le dispositif « d’homme-mort », une alarme qui se déclenche en cas d’inactivité prolongée, car son bruit le dérangeait et le capitaine n’avait pas mis de réveil pour aider au passage des Bouches de Bonifacio, un secteur délicat. « Je ne suis pas un capitaine faible, je suis très dur avec mon équipage, mais je ne peux pas être derrière tout le monde », s’était défendu le capitaine lors de l’enquête.