Rennes : Trois hommes sans histoires jugés pour avoir égorgé Erwan, 18 ans

JUSTICE Le corps du jeune dealer avait été retrouvé dans un bidon flottant sur la Vilaine en janvier 2017

Camille Allain

— 

Illustration de la salle d'audience de la cour d'assises d'Ille-et-Vilaine, à Rennes.
Illustration de la salle d'audience de la cour d'assises d'Ille-et-Vilaine, à Rennes. — C. Allain / APEI / 20 Minutes
  • Trois jeunes hommes sont jugés à partir de lundi devant la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine pour le meurtre d’Erwan Monterrosa en décembre 2016 à Rennes.
  • Luca et Kylian, deux amis d’enfance, avaient frappé puis égorgé le dealer à qui ils devaient de l’argent.
  • Aidés d’un troisième homme, ils avaient placé le corps d’Erwan dans un bidon avant de le jeter dans la Vilaine.

Il avait 18 ans, venait de quitter sa formation de bac pro en commerce et dealait du shit pour se faire un peu d’argent. Dans la nuit du 28 au 29 décembre, il a été égorgé dans un appartement de Saint-Jacques-de-la-Lande, près de Rennes. Mi-janvier, le corps sans vie d’Erwan Monterrosa avait été retrouvé dans un bidon flottant sur la Vilaine. Pendant deux mois, les enquêteurs avaient tenté de reconstituer l’itinéraire du jeune homme et de comprendre ce qu’il s’était passé ce soir de décembre. Ils avaient fini par interpeller deux majeurs et un mineur qui avaient avoué les faits lors de leur garde à vue.

Ces trois jeunes hommes sans histoires seront jugés à partir de lundi devant la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine pour assassinat et recel de corps. Trois jeunes que les policiers avaient eu du mal à soupçonner à l’époque. En 2017, le directeur de la police judiciaire avait reconnu « avoir eu un doute », malgré les preuves qui accablaient les trois jeunes hommes, « parce qu’ils n’avaient pas du tout le profil ». Deux traces ADN retrouvées sur le bidon avaient permis aux enquêteurs d'identifier les auteurs.

Une dette de 3.000 euros

Originaires de Bain-de-Bretagne, Kylian et Luca avaient accueilli Erwan pour se faire livrer 300 grammes de cannabis. Une dispute avait éclaté au sujet d’une dette contractée par Kylian, à hauteur de 3.000 euros. Puis Erwan avait été frappé avec un poing américain, avant d’être égorgé par Luca, 17 ans au moment des faits. « Il va assumer ses faits et gestes comme il l’a toujours fait », assure son avocat Me Thierry Fillion. « Il attend de savoir quelle peine lui sera infligée. Mais on ne pourra sans doute pas expliquer ce qu’il s’est passé de façon carrée et rationnelle », prévient son conseil.

Sur le banc des accusés, Luca retrouvera Kylian, son meilleur pote de l’époque, chez qui Erwan a été tué. Lui qui était en cours avec la victime. Et qui n’avait jamais fait parler de lui avant cette nuit de décembre. « Je n’arrive toujours pas à comprendre ce qu’ils ont fait », résume Me Elodie Brault. L’avocate assiste Kylian depuis sa garde à vue. « C’est quelqu’un qui est décrit comme chaleureux, protecteur. Il a un énorme sentiment de culpabilité. Il n’arrive pas à vivre avec ce qu’il a fait ».

« C’est un enchaînement de mauvaises décisions »

Lundi, les deux anciens copains et un de leurs amis, qu’ils ont appelé pour se débarrasser du corps, devront faire face à la famille d’Erwan qui sera assise dans la salle d’audience. Une famille évidemment meurtrie depuis le drame et qui attend des réponses, des explications pour entamer son deuil. « Kylian n’est pas capable d’expliquer pourquoi ils ont fait ça. Mais ce n’était pas un acte prémédité, ce n’était pas un guet-apens », assure Me Brault.

L’avocate tentera pendant cinq jours de convaincre les jurés qu’il ne s’agissait pas d’un assassinat (prémédité) mais d’un meurtre, pour une bête histoire de dettes de stups. « C’est un enchaînement de mauvaises décisions. Ce sont deux gamins qui ont été dépassés par ce qu’il se passait et qui ont voulu cacher leur bêtise ».

Aidés de leur ami, les deux accusés avaient nettoyé la scène de crime puis placé le corps dans un bidon, avant de le jeter dans la Vilaine. « Ils avaient peur de la victime car c’était leur créancier. C’est un rapport de force qui s’instaure dans le milieu de la drogue », estime l’avocat Thierry Fillion. Les deux hommes au casier judiciaire vierge encourent la prison à perpétuité.