Procès Balkany : Quand Isabelle évoque une histoire de spoliation familiale pour se défendre

PROCÈS Lourdement condamnés lors du procès en première instance, Patrick et Isabelle Balkany doivent être jugés en appel pour « blanchiment de fraude fiscale ».

Vincent Vantighem

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Paris, le 11 décembre 2019. Isabelle Balkany arrive à la cour d'appel de Paris où elle est jugée pour «fraude fiscale» avec son mari, Patrick.
Paris, le 11 décembre 2019. Isabelle Balkany arrive à la cour d'appel de Paris où elle est jugée pour «fraude fiscale» avec son mari, Patrick. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
  • Patrick et Isabelle Balkany ont écopé de lourdes peines de prison pour « fraude fiscale » et « blanchiment ». Le maire de Levallois est incarcéré depuis le 13 septembre.
  • Ce lundi, ils sont jugés par la cour d’appel de Paris pour « blanchiment de fraude fiscale ».
  • Isabelle Balkany devrait encore expliquer avoir été « spoliée » par son frère et sa sœur pour se défendre.

[Edit, lundi 3 février, à 15h : Peu après l’ouverture des débats ce lundi, la présidente de la cour d’appel, Sophie Clément, a suspendu le procès jusqu’à mardi, 13h30, à la demande des avocats des époux Balkany, en grève contre le projet de réforme des retraites menaçant leur régime autonome.]

« On choisit pas ses parents. On choisit pas sa famille. » Isabelle Balkany, elle, n’a pas choisi son frère et sa sœur… La « maire par intérim » de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) devrait encore justifier, ce lundi, ses « fautes fiscales » par l’héritage familial qu’elle a reçu dans les années 1990. En l’absence de Patrick, incarcéré à la prison de la Santé et affaibli par des troubles intestinaux, elle devrait être seule à défendre son couple devant la cour d’appel de Paris qui va le juger pour « blanchiment aggravé de fraude fiscale ».

L’occasion de replonger à pieds joints dans les méandres de famille. Car Isabelle Balkany compte encore expliquer que c’est son frère, Jean-Claude, et sa sœur, Danièle, qui l’ont contrainte à acquérir la villa Pamplemousse, sur l’île antillaise de Saint-Martin. Une propriété, parmi d’autres, que la justice lui reproche, justement, d’avoir dissimulé au fisc dans le but d’alléger la feuille d’impôts d’environ quatre millions d’euros…

Les parts de la société familiale en question

Pour bien comprendre, il faut remonter à l’enfance d’Isabelle Balkany. Issue d’une famille de commerçants tunisiens – les Smadja – elle a profité très jeune de la fortune que son père avait faite dans l’import-export de caoutchouc. Ainsi, dans les années 1950, c’est en Rolls Royce qu’elle se rendait à l’école depuis un hôtel particulier de 3.000 m² situé dans le 16e arrondissement de Paris. « Je n’y suis pour rien... », lâchait-elle à ce propos dans Le Journal du dimanche, dès 2015.

A la mort de son père, en 1982, Isabelle Balkany décide, avec Patrick, de partir à l’assaut de la mairie de Levallois et de revendre ses parts de la société familiale. Exilés en Suisse, son frère et sa sœur les lui rachètent pour quatre millions de francs. Mais, selon son récit, ils revendent la même société, six ans plus tard, pour la somme de… 750 millions de francs. « Autrement dit, j’ai été spoliée ! », résume encore aujourd’hui l’élue de 72 ans.

Elle en veut pour preuve la « rallonge » de dix millions de francs que son frère et sa sœur, « pris de remords », ont accepté de lui octroyer en 1995. A la seule condition, toujours selon elle, que cet argent ne soit pas versé sur un compte en France. « Il faut une force d’âme pour refuser de l’argent qui, quelque part, vous appartient... », expliquait-elle à ce propos, en décembre, lors de son passage devant la cour d’appel de Paris pour « fraude fiscale ».

Qui a vraiment choisi le compte où verser 10 millions ?

Isabelle Balkany accepte. Et investit 533.571 euros dans la pierre antillaise en 1997. Pour ses vieux jours et ses enfants. Un choix qui lui vaut aujourd’hui ses ennuis judiciaires mais qu’elle n’aurait jamais fait si son frère et sa sœur ne l’avaient pas contrainte, explique-t-elle. Sauf qu’eux n’ont pas la même version des faits.

Entendu par les enquêteurs à Genève le 9 juillet 2015, Jean-Claude Smadja explique que c’est, à l’inverse, Isabelle Balkany qui « a désigné le compte » sur lequel lui faire un virement. Et donc elle qui a décidé que ce ne serait « pas un compte en France », selon son procès-verbal que 20 Minutes a pu consulter.

Interrogée le même jour, Danièle, sa sœur, a raconté, à peu près, la même chose, précisant que sa sœur n’avait pas pu être « spoliée », les transactions ayant été « évaluées par des professionnels ». Surtout, elle a expliqué qu’Isabelle Balkany s’était toujours « considérée comme étrangère aux affaires de [leur] père… », selon son audition. « Aujourd’hui, j’ai très peu de relations avec elle, ajoutait-elle alors. Cela fait de nombreuses années que je ne lui ai pas parlé… »

Sa sœur ne retire pas un mot de sa déclaration, selon son avocat

Contactés par 20 Minutes récemment, ni le frère ni la sœur d’Isabelle Balkany n’ont souhaité s’exprimer sur cette histoire. « Danièle ne veut plus entendre parler de tout ça, résume son avocat genevois. Mais je peux vous assurer, encore aujourd’hui, qu’elle ne retire pas un mot de la déclaration qu’elle a faite en 2015… »

Une déclaration qui devrait faire l’objet de débats lors du procès en appel qui débute ce lundi après-midi. En première instance, Isabelle Balkany avait écopé d’une peine de quatre ans de prison ferme dans cette affaire, son mari, Patrick, étant lui sanctionné par une peine de cinq ans de prison ferme. Le procès en appel doit durer jusqu’au 19 février.

Suivez en direct les débats sur le compte Twitter de notre journaliste :  @vvantighem