Rivalité amoureuse et querelles de voisinage : Un homme jugé pour un incendie mortel à Paris

PROCÈS L’incendie, d’origine criminelle, a coûté la vie à une mère et sa fille de 21 ans qui se sont défenestrées du 4e étage

Caroline Politi

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Près de 80 pompiers ont été mobilisés sur l'incendie de la rue Davout. Deux personnes sont décédées et une autre a été très grièvement blessée.
Près de 80 pompiers ont été mobilisés sur l'incendie de la rue Davout. Deux personnes sont décédées et une autre a été très grièvement blessée. — BSPP/Pascal Burner
  • L'incendie, d'origine criminelle, a coûté la vie à deux femmes, une mère et sa fille de 21 ans.
  • Le principal suspect a toujours nié les faits.
  • Il encourt la réclusion criminelle à perpetuité. 

Il n’aura fallu qu’une poignée de minutes pour que la panique gagne les sept étages du 158, boulevard Davout, dans le 20e arrondissement de Paris. Cette nuit du 31 mai au 1er juin 2016, peu après minuit, un violent incendie se déclare au 3e étage de cette barre d’immeuble. Les flammes s’engouffrent rapidement dans la cage d’escalier, empêchant les résidents des étages élevés de prendre la fuite. Alors que les pompiers sont en route – ils ne mettront que quelques minutes à arriver –, certains témoins, impuissants face aux appels au secours hurlés depuis les fenêtres, posent des matelas par terre. Deux femmes, une mère et sa fille de 21 ans, résidant au 4e étage, meurent après s’être défenestrées. Une locataire de 80 ans est très grièvement intoxiquée, six autres sont hospitalisés.

Ce mardi, s’ouvre devant la cour d’assises de Paris le procès de Saad E.F.. Le jeune homme de 23 ans, il en avait 19 au moment des faits, est soupçonné d’être à l'origine du sinistre, ce qu’il a toujours nié. Des traces d’hydrocarbures ont été découvertes devant la porte d’une famille du 3e étage. Une constatation qui n’a pas surpris les habitants de ce logement puisque avant même les résultats de l’analyse tous désignaient l’accusé… qui n’est autre que l’ancien fiancé d’une adolescente vivant dans l’appartement.

Fiançailles et tromperie

Ce drame pourrait en effet prendre racine dans une rivalité amoureuse qui a rapidement tourné à la querelle de voisinage et dont sont totalement étrangères les deux victimes. Tout commence au début du mois de mai 2016. Le 7, le principal suspect se fiance avec Dounia N., une jeune fille de 15 ans qui vit avec sa famille au 3e étage, dans l’appartement devant lequel l’incendie a démarré. Quinze jours plus tard, cette union est rompue : Saad E.F. a été aperçu embrassant la voisine du 2e étage, Kahina A. Les insultes et altercations entre les deux familles deviennent dès lors quotidiennes. Jusqu’à l’après-midi même de l’incendie où une querelle éclate après que deux hommes se sont présentés chez les deux familles au sujet, semble-t-il, d’une dette d’argent.

Tout au long de l’instruction, l’accusé n’a eu de cesse de nier. S’il a reconnu avoir, à plusieurs reprises, menacé de faire « cramer » l’immeuble ou de s’en prendre à son ancienne petite amie – « jvai te tuer tes une femme morte et tu c’est koi ton immeuble va mapartenir » lui écrit-il par SMS l’après-midi du drame –, il affirme n’avoir jamais envisagé mettre à exécution ses paroles, prononcées sous le coup de la colère. Les enquêteurs ont néanmoins relevé des incohérences dans sa version des faits. A commencer par la manière dont il s’est rendu compte de l’incendie. A plusieurs reprises devant le juge d’instruction, Saad E.F. a indiqué s’être réveillé vers minuit pour se rendre à Rungis – sans toutefois préciser les raisons pour lesquelles il devait y aller – et avoir été alerté par des cris puis par l’alarme incendie. Une version contredite par sa compagne. Elle dit avoir été réveillée en pleine nuit par son compagnon pour l’avertir de l’incendie avant que les premiers cris se fassent entendre.

L’accusé encourt la réclusion criminelle à perpétuité

« On peut lui reprocher d’être mythomane, volage ou irréfléchi mais il n’est pas violent, il ne l’a jamais été », insiste l’un des avocats du suspect, Me Grégory Saint-Michel, qui entend plaider l'acquittement. Lui met en avant l’attitude de la famille N., particulièrement remontée depuis la rupture. A plusieurs reprises, dans des écoutes interceptées par les enquêteurs, Saad E.F. et Kahina A. évoquent la possibilité que le feu ait été déclenché par les proches de la jeune fille dans le seul but de l’accabler. « D’autant que dans ce dossier, le bornage téléphonique montre que mon client n’a pas quitté l’immeuble de la journée et il n’apparaît sur aucune image de surveillance de stations-service des alentours. Comment se serait-il procuré le carburant retrouvé sur la porte ? », interroge le conseil. 

L’accusé encourt la réclusion criminelle à perpétuité.