Nancy : Six millions d'euros de préjudice, 85 victimes en France et Belgique, une arnaque de faux placements sur Internet démantelée

ENQUÊTE INTERNATIONALE Un Franco-Israélien est suspecté d’être le cerveau de l’escroquerie

T.G. avec AFP

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Des investissements en Bitcoin était proposés par les escrocs.
Des investissements en Bitcoin était proposés par les escrocs. — Avishek Das / SOPA Images/Sipa U/SIPA
  • Une vaste escroquerie de faux placements sur Internet a été démantelée. Elle aurait fait 85 victimes, en France et en Belgique.
  • Le préjudice est estimé à 6 millions d’euros. Un Français aurait perdu 100.000 euros dans l’affaire.
  • Comment les malfaiteurs s’y prenaient-ils ? Ils proposaient de réaliser un premier investissement, qu’ils valorisaient avec des plus-values, avant de réclamer d’autres mises… sans les rembourser évidemment.

Le préjudice est énorme : 6 millions d’euros. Une escroquerie aux faux placements en bitcoins, diamants ou or, qui a fait 85 victimes en France et en Belgique, a été démantelée grâce à une coopération policière internationale, a annoncé la justice mercredi à Nancy.

« Le mode opératoire, particulièrement efficace, consistait à proposer aux victimes, démarchées par téléphone, de réaliser un premier investissement en bitcoins, diamants ou or sur de faux sites Internet faisant rapidement apparaître les plus-values promises, assez importantes et conséquentes, entre 5 % et 35 % », a détaillé le procureur de la République à Nancy, François Pérain.

Un système bien rodé

Pour les « appâter », les malfaiteurs pouvaient « rembourser à certaines victimes leur mise de départ, augmentée de pseudo-plus-values ou intérêts », a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse réunissant des représentants des justices française, belge et israélienne, d’Eurojust, l’unité de coopération judiciaire de l’Union européenne, et d’Europol, agence européenne de police criminelle.

Les victimes françaises et belges étaient ensuite contactées pour effectuer « des opérations plus "intéressantes", mais qui nécessitaient des investissements beaucoup plus importants », a précisé le procureur.

Un Français aurait perdu 100.000 euros

Le préjudice s’élève à 6 millions d’euros et, sur la base de fausses factures découvertes lors des investigations, les enquêteurs estiment « le préjudice évité » à plus de 8 millions d’euros. Quatre-vingt-cinq victimes, dont 64 en France, ont été recensées, avec des pertes pouvant atteindre 100.000 euros pour un Français, 500.000 pour un Belge.

« Il y a des gens qui ont perdu toutes leurs économies. C’est parfois l’épargne de toute une vie qui est passée dans les poches de ces escrocs », a souligné le colonel François Desprès, commandant la section de recherches de Strasbourg, chargée de l’enquête avec les gendarmes de Metz.

« Les fonds des victimes étaient virés sur des comptes bancaires "rebonds" ouverts dans divers Etats de l’Union européenne avant d’être transférés rapidement sur des comptes asiatiques ou turcs », a détaillé le procureur de la République à Nancy.

Trois personnes en détention provisoire

L’enquête avait démarré par la plainte d’une épargnante, à Sélestat (Bas-Rhin), qui avait perdu 15.000 euros. Une information judiciaire avait été ouverte au printemps 2018 par la Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Nancy, puis une équipe commune d’enquête franco-belge avait été créée, avec le soutien d’Eurojust et d’Europol.

Quatre personnes, un homme chargé de l’ouverture des comptes bancaires et trois exécutants, ont été mises en examen en janvier 2019. Trois d’entre eux sont en détention provisoire. Des saisies ont été réalisées en France et au Luxembourg pour près d’un million d’euros, ce qui devrait permettre d’indemniser en partie des victimes, selon le procureur.

Cinq suspects ont été auditionnés en Israël, dans le cadre d’une commission rogatoire internationale. L’un d’eux, âgé de 45 ans, « est suspecté d’être le donneur d’ordre des escroqueries en France et en Belgique », a relaté François Pérain. Ce Franco-Israélien « a déjà été condamné en 2012 par le tribunal correctionnel de Paris à une lourde peine d’emprisonnement et d’amende dans le cadre d’une fraude spectaculaire à la taxe carbone », a détaillé le procureur.

Les investigations se poursuivent, des mandats d’arrêts pourraient être diffusés, accompagnés d’éventuelles demandes d’extradition.