Affaire Halimi : La colère froide des plus hauts magistrats contre Emmanuel Macron

JUSTICE Jeudi dernier, le président de la République a évoqué un « besoin de procès » dans l’affaire du meurtre de Sarah Halimi alors même que le principal suspect a été déclaré irresponsable pénalement

Caroline Politi

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Sarah Halimi, une sexagénaire juive, a été tuée en 2017.
Sarah Halimi, une sexagénaire juive, a été tuée en 2017. — Thibaut Chevillard

C’est un communiqué de presse de quelques lignes au langage si policé qu’il pourrait presque paraître anodin aux yeux des non-avertis. « La première présidente de la Cour de cassation et le procureur général près de cette Cour rappellent que l’indépendance de la justice, dont le président de la République est le garant, est une condition essentielle du fonctionnement de la justice. » Ces quelques mots, en réalité, constituent une véritable charge contre le chef de l’Etat émanant des plus hauts magistrats français, Chantal Arens et François Molins.

Si le sujet de la discorde n’est pas clairement évoqué, les magistrats font référence aux propos d’Emmanuel Macron sur l’affaire Sarah Halimi, cette sexagénaire juive défenestrée par Kobili Traoré dans la nuit du 3 au 4 avril 2017. Jeudi dernier, lors de son voyage en Israël, Emmanuel Macron a évoqué le « besoin de procès » dans ce dossier hautement sensible alors même que le  principal suspect a été déclaré irresponsable pénalement le 19 décembre. « Le fait que la bouffée délirante soit due à la consommation régulière de cannabis ne fait pas obstacle à ce que soit reconnue l’existence d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes », avait alors estimé la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris, tout en ordonnant l’hospitalisation de Kobili Traoré pour une durée minimum de 20 ans.

Pourvoi en cassation

Aussitôt rendue, la décision a provoqué un vif débat dont se sont emparés de nombreux politiques, jusqu’au chef de l’Etat, donc, la semaine dernière. S’il a affirmé ne pas pouvoir commenter ouvertement une décision de justice – « je ne peux vous parler avec le cœur, car le président est le garant de l’indépendance de la justice » – il a néanmoins pris position en faveur de la famille de la victime qui a formulé un pourvoi en cassation. « Une voie possible », aux yeux d’Emmanuel Macron. « Les magistrats doivent pouvoir examiner en toute sérénité et en toute indépendance les pourvois dont ils sont saisis », ont froidement répondu les principaux intéressés dans ce communiqué lapidaire.