Affaire Estelle Mouzin : Monique Olivier laisse entendre que Michel Fourniret est à l’origine de l’enlèvement de la fillette

ENQUETE L’ex-compagne de Michel Fourniret était interrogée ce vendredi par la juge en charge du dossier

Vincent Vantighem et L. Br

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Montage photo présentant le tueur en série Michel Fourniret (à gauche) et Estelle Mouzin, disparue en janvier 2003 à Guermantes (à droite).
Montage photo présentant le tueur en série Michel Fourniret (à gauche) et Estelle Mouzin, disparue en janvier 2003 à Guermantes (à droite). — Alain Julien / Afp / Sipa
  • Estelle Mouzin, 9 ans, a disparu le 9 janvier 2003 à Guermantes (Seine-et-Marne).
  • D’abord mis hors de cause en 2007, Michel Fourniret a finalement été mis en examen pour « enlèvement et séquestration suivis de la mort » de la fillette, le 27 novembre, par la juge Sabine Khéris.
  • Ce vendredi, Monique Olivier, son ex-femme, a laissé entendre qu’il était bien responsable de l’enlèvement de la fillette.

Il aura finalement fallu une audition d’un peu plus de six heures pour résoudre quasiment une affaire vieille de 17 ans. Monique Olivier a laissé entendre, ce vendredi, que son ex-mari, Michel Fourniret, était bien à l’origine de la disparition d'Estelle Mouzin, survenue le 9 janvier 2003 à Guermantes (Seine-et-Marne), selon plusieurs sources concordantes interrogées par 20 Minutes. L’ex-femme du tueur en série était auditionnée par la juge d'instruction Sabine Khéris, qui a repris en 2019 l'enquête sur la disparition de la fillette. 

« On a plus avancé en six heures d’interrogatoire qu’en dix ans d’enquête, a commenté Richard Delgenes, l'avocat de Monique Olivier. Elle n’a pas dit que Michel Fourniret avait tué Estelle Mouzin mais qu’il était sûrement à l’origine de sa disparition… » Pour cela, l’ex-femme de « l’ogre des Ardennes » a avancé trois raisons face à la juge :  le fait qu'Estelle Mouzin avait le profil type des victimes de Michel Fourniret, que celui-ci ne disposait pas d’alibi le jour de sa disparition, contrairement à ce qu'il avait toujours prétendu, et surtout qu’il avait, selon elle, effectué des repérages dans les jours ou semaines précédant l’enlèvement. « Elle a même raconté qu’il était rentré un soir en disant avoir repéré 'un joli petit sujet' », a poursuivi Richard Delgenes.

Monique Olivier (ici en 2008) a contredit l'alibi dont disposait Michel Fourniret le jour de la disparition d'Estelle Mouzin.
Monique Olivier (ici en 2008) a contredit l'alibi dont disposait Michel Fourniret le jour de la disparition d'Estelle Mouzin. - FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

Pas des aveux mais une avancée considérable dans l’enquête

Evidemment, il ne s’agit pas d’aveux à proprement parler sur la mort de la fillette, dont le corps n’a jamais été découvert. Mais c’est une avancée considérable dans cette enquête qui a complètement redémarré l’an dernier sous la houlette de Sabine Khéris, doyenne des juges d’instruction à Paris. « Monique Olivier a vécu pendant 20 ans avec Michel Fourniret. Quand elle dit qu’elle pense que Michel Fourniret est pour quelque chose dans une disparition, cela signifie que Michel Fourniret est pour quelque chose dans cette disparition », décrypte ainsi une source proche du dossier. Contacté par 20 Minutes ce vendredi soir, Eric Mouzin, le père d'Estelle, n'a, lui, souhaité faire aucun commentaire dans l'immédiat.

Le 11 janvier dernier, comme chaque année, il avait organisé une marche à Guermantes en hommage à sa fille. A cette occasion, il avait salué le travail entrepris par la juge récemment et expliqué qu’il ne souhaitait dorénavant plus prononcer le nom de Michel Fourniret. « C’est un être malfaisant et pervers. Il existe malheureusement. Mais en prison, on lui donne un numéro. On lui dénie peut-être ainsi son humanité. Mais ce n’est que ce qu’il mérite… », avait-il justifié.

Fourniret exhorte la juge à le « considérer comme coupable »

Aujourd’hui âgé de 77 ans et touché par un « processus cérébral de nature dégénérative », selon une récente expertise, Michel Fourniret n’est jamais passé aux aveux dans l’affaire Mouzin. Pourtant, lors de sa dernière audition, le 27 novembre, dont le contenu a été dévoilé par 20 Minutes jeudi, il a exhorté la juge Khéris à le considérer comme responsable, tout en invoquant des problèmes de mémoire. « A l’âge que j’ai, je n’ai rien à craindre ni à perdre. Si cette petite avait croisé mon chemin, je vous le dirais (…) mais je n’en ai pas souvenance, a-t-il lâché. Mais dans l’impossibilité où je suis de vous dire si je suis responsable de sa disparition (…), je vous exhorte à me considérer comme coupable, à me traiter comme coupable »

Déjà condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour les meurtres de huit jeunes femmes ou adolescentes, « l’ogre des Ardennes » devrait être réentendu prochainement par la juge Khéris. « On avance à chaque audition. On est proche du dénouement. Il faut juste être encore patient », confie une source proche du dossier.