Affaire Preynat : « Il pensait rencontrer Dieu, il a rencontré le Diable », lance une avocate des parties civiles

PEDOPHILIE DANS L'EGLISE Une partie de la troisième journée du procès de Bernard Preynat a été consacrée aux plaidoiries des parties civiles

Caroline Girardon

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Bernard Preynat est jugé pour agressions sexuelles sur mineurs.
Bernard Preynat est jugé pour agressions sexuelles sur mineurs. — L. Cipriani / Sipa
  • Le procès de Bernard Preynat, jugé devant le tribunal correctionnel de Lyon pour agressions sexuelles sur mineurs, s’achèvera vendredi.
  • Une partie de la troisième journée a été consacrée aux plaidoiries des parties civiles qui exigent une « peine lourde ».

« Ne vous trompez pas. Cet homme avait organisé un véritable système de mise à disposition d’enfants pour en abuser à souhait. Non pas des dizaines, non pas des centaines mais des milliers d’enfants ont été livrés à sa merci ». Au moment de plaider, Emmanuelle Haziza, l’une des avocates des parties civiles, enfonce le clou avant d’exiger « une peine lourde ».

Le procès de Bernard Preynat, ancien prêtre du diocèse de Lyon jugé pour agressions sexuelles sur mineurs, s’achèvera vendredi. « Cette semaine, vous n’avez pas libéré votre parole, votre conscience. Mais la messe n’est pas encore dite. Vous avez encore l’occasion, puisque vous parlerez en dernier, de vous confesser », poursuit-elle en fixant le prévenu, épaules voûtées, calé au fond de sa chaise. Et de parler du parcours de son client, Pierre-Emmanuel Germain-Thill : « Vous avez anéanti sa vie d’enfant, sa vie d’adolescent, sa vie d’adulte. Il pensait rencontrer Dieu, il a rencontré le Diable ».

Une « comptabilité morbide »

Avant elle, Jean Boudot, son confrère, a choisi de se lancer dans une « comptabilité morbide » pour établir le nombre de victimes potentielles de l’ancien prêtre, qui a confessé qu’il pouvait s’en prendre « à quatre ou cinq enfants chaque semaine de camps » et « un ou peut-être deux quasiment tous les week-ends ». « Quatre à cinq agressions par semaine, sur la période ça fait entre 3.000 et 4.000, », lance-t-il au tribunal.

Pour l’avocat, les déclarations répétées du prévenu assurant cette semaine, qu’il n’avait plus commis aucune agression depuis trente ans, ne changent rien. « L’absence d’infractions depuis 1991 est la démonstration absolue que s’il avait voulu refréner ses pulsions, il aurait pu ».

« Cela a du sens, même trente ans après les faits, de venir devant vous »

Les décennies écoulées ne doivent pas être un argument pour atténuer la peine pouvant être prononcée, soutiennent les parties civiles. Ce procès était nécessaire, explique Nadia Debbache, avocate de François Devaux. Les détails livrés toute la semaine à la barre sur la vie brisée des victimes, sur leurs traumatismes ont été « utiles pour mieux comprendre certains silences », selon elle. Et d’insister auprès des juges : « Cette mise à nu est utile pour permettre à la société de comprendre à quel point une seule agression peut avoir un effet dévastateur. Et pourquoi cela a du sens, même trente ans après les faits, de venir devant vous ».

Le réquisitoire est attendu vendredi, avant la plaidoirie de la défense. Bernard Preynat encourt jusqu’à dix ans de réclusion.