Affaire Preynat : L'édifiant silence de l'Eglise pointé du doigt pendant le procès de l'ancien prêtre

PEDOPHILIE DANS L'EGLISE L'ancien prêtre de Lyon est jugé jusqu'à vendredi pour agressions sexuelles sur mineurs

Caroline Girardon

— 

Le silence de l'Eglise a été pointée du doigt lors de la deuxième journée de procès de Bernard Preynat.
Le silence de l'Eglise a été pointée du doigt lors de la deuxième journée de procès de Bernard Preynat. — PHILIPPE DESMAZES / AFP
  • Jugé pour agressions sexuelles sur mineurs, l’ancien prêtre du diocèse de Lyon Bernard Preynat a reconnu que ses supérieurs hiérarchiques ne lui avaient jamais demandé le moindre détail.
  • Il a ainsi pointé la responsabilité de l’Eglise, silencieuse pendant plus de 30 ans.
  • Alertée de ses pulsions, l'Eglise n’a jamais exigé qu’il se fasse soigner.

« On aurait pu m’aider ». Cette phrase en dit long sur le désastre qui aurait pu être évité. Au second jour du procès de Bernard Preynat, ancien prêtre jugé devant le tribunal correctionnel de Lyon  pour agressions sexuelles sur mineurs, le prévenu est revenu sur son parcours et son attirance très tôt pour les petits garçons. Sur le silence de l’Eglise, d’une certaine façon aussi. Car les déviances sexuelles de l’ancien curé étaient connues. Elles avaient été repérées à la fin des années 50 lorsque le jeune garçon, alors âgé de 14 ans et scolarisé au petit séminaire de Montbrison, avait été surpris en train de caresser les cuisses d’un plus petit que lui.

« Lorsque le préfet de la discipline m’a convoqué pour m’engueuler, il m’a dit que j’étais anormal, malade. Au lieu de cela, il aurait pu m’expliquer que ces actes étaient graves. Il aurait pu me proposer des solutions pour m’aider à m’en sortir à ce moment-là », raconte le prévenu. Mais l’établissement a préféré fermer les yeux et écarter le collégien indésirable. Après avoir échoué à ses examens, l’adolescent est prié d’aller étudier ailleurs. A Lyon cette fois. Ce qui ne freinera pas ses pulsions.

Une thérapie en 1967

De l’aide, il en a pourtant eu en 1967. A 22 ans, le séminariste dérape. Là encore, ses supérieurs l’apprennent et vont lui proposer d’aller à Paris consulter un prêtre « spécialiste des cas comme lui ». Un prêtre qui le réorientera ensuite vers l’hôpital psychiatrique du Vinatier où il suivra une thérapie durant un an. « Je pensais que j’étais guéri mais j’ai recommencé quelques mois plus tard ». Et Bernard Preynat n’a plus jamais saisi les quelques rares mains tendues vers lui.

« Cela n’avait pas marché, je ne voyais pas l’intérêt de suivre une nouvelle thérapie », argumente-t-il. Rien n’y fera. Pas même la crainte d’être pris sur le vif. Pas même la colère de plusieurs parents de scouts venus le trouver. Il faudra attendre 1991 pour que la lettre des parents Devaux, indignés du manque de réactions de l’Eglise, atterrisse dans les mains d’Albert Decourtray, cardinal de Lyon à l'époque.

Pendant vingt ans, les gestes déplacés et les agressions sexuelles du Père Preynat ont été tus. « Tout ça, c’est resté entre vos directeurs de conscience et vous-même », observe dubitative la présidente du tribunal. « Oui », conçoit l’ancien curé. Pas un n’est allé le dénoncer, pas un n’est allé trouver Mgr Decourtray, bien embarrassé par les rumeurs. Ses responsables hiérarchiques ont-ils sciemment étouffé l’affaire ? Le doute est permis.

« Je n’ai jamais été interrogé sur les détails »

« Je n’ai jamais été interrogé sur les détails. Jamais. La première fois que j’ai parlé précisément de ce que j’avais fait, c’était devant les policiers en 2015, raconte le prévenu. Quand le cardinal Decourtray m’a convoqué en 1991, j’ai commencé par lui dire que c’était une longue histoire. Là, il a fait un geste du bras pour exprimer qu’il n’avait pas envie d’en entendre plus. Il m’a fait promettre de ne jamais recommencer et m’a dit “Bernard, je vous fais confiance” ».

Ses successeurs n’ont pas cherché non plus à savoir. Le cardinal Billé (1998-2002) ne fera pas exception. « Je l’ai vu 10 minutes, il m’a demandé si les faits qu’on me reprochait étaient prescrits. Comme je ne savais pas, il m’a dirigé vers un avocat pour me renseigner. Et c’est tout », relate Bernard Preynat. Tous n’étaient pas prescrits. Mais rien n’a changé. le prêtre est resté au contact d’enfants, jurant à qui voulait l’entendre qu’il se tenait à carreau.

« Rassurez-moi. Ils ont bien compris que ces agressions étaient sexuelles », l’interroge encore la présidente du tribunal dénonçant « une culture du silence ». « Bien sûr », concède l’ancien curé, qui n’a pourtant jamais cherché à rédiger une lettre d’aveux pour expliquer les détails. « La honte, explique-t-il. J’ai manqué de courage ». Et de conclure : « Je n'accuse pas l'Eglise. Je ne m'en sers pas comme excuse ».