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JUSTICELe dossier du petit Grégory menacé d’effondrement

Affaire Grégory : Les déclarations de Murielle Bolle incriminant Laroche vont-elles être supprimées ?

JUSTICE
Murielle Bolle, qui avait accusé son beau-frère Bernard Laroche d’avoir kidnappé le petit Grégory en 1984, souhaite que ses déclarations soient annulées par la justice, qui rendra sa décision ce jeudi
Murielle Bolle, ici lors du procès de Jean-Marie Villemin en 1993. (archives)
Murielle Bolle, ici lors du procès de Jean-Marie Villemin en 1993. (archives) - CHESNOT/SIPA
Vincent Vantighem

Vincent Vantighem

L'essentiel

  • Le petit Grégory, 4 ans, a été retrouvé mort, les pieds et les poings liés dans les eaux de la Vologne (Vosges), le 16 octobre 1984.
  • A l’époque des faits, Murielle Bolle avait accusé Bernard Laroche, son beau-frère, d’avoir kidnappé le garçonnet, avant de se rétracter.
  • Trente-cinq ans après, et alors que l’enquête se poursuit, Murielle Bolle a demandé que ses déclarations disparaissent du dossier judiciaire.

Il y a ceux qui filent la métaphore architecturale, évoquant la robustesse d’un château de cartes. Et puis, il y a les gastronomes qui préfèrent l’image d’un gruyère dont les innombrables trous auraient fini par en altérer le goût. Trente-cinq ans après les faits, l’enquête judiciaire consacrée à l’assassinat du petit Grégory semble continuer de s’effondrer par pans entiers. Au grand dam des parents du garçonnet de 4 ans, découvert pieds et poings liés dans les eaux de la Vologne (Vosges) le 16 octobre 1984.

Ce jeudi matin, la cour d’appel de Paris doit dire si elle retire du dossier les déclarations sensibles que Murielle Bolle a faites lors de sa garde à vue en novembre 1984. De quoi porter un nouveau coup de canif à une procédure déjà suffisamment écornée pour qu’on doute qu’elle débouche, un jour, sur un procès d’assises. 20 Minutes décrypte les enjeux de la décision attendue ce jeudi…

Quelles sont les déclarations de Murielle Bolle qui pourraient disparaître du dossier ?

Chevelure rousse au vent, Murielle Bolle n’est encore qu’une adolescente de 15 ans qu’on surnomme « Bouboule » à l’école et « Mumu 88 » sur les ondes de la cibi lorsqu’elle est placée en garde à vue le 2 novembre 1984. Mise en confiance – « les gendarmes, c’est mes copains », dira-t-elle en rentrant chez ses parents – elle raconte que le 16 octobre 1984, son beau-frère Bernard Laroche est venu la chercher à la sortie du collège, dans sa Peugeot 305 vert-gris. Elle explique surtout que celui-ci a embarqué Grégory, qu’il est descendu avec lui « près d’une petite place » avant de revenir seul « un peu plus tard »…

Bernard Laroche, le cousin germain de Jean-Marie Villemin, en novembre 1984
Bernard Laroche, le cousin germain de Jean-Marie Villemin, en novembre 1984 - AFP

A ce moment-là, « pour nous, l’affaire Grégory est quasiment terminée », raconte le gendarme Etienne Sesmat, dans le livre qu’il a consacré à l’affaire. D’autant que Bernard Laroche est, alors, le suspect numéro un. Il sera même abattu par le père du petit Grégory, quatre mois plus tard. Mais quelques jours après sa garde à vue, après une soirée mouvementée dans sa famille où elle aurait été « recadrée », Murielle Bolle se rétracte.

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Pourquoi cette partie de l’enquête du dossier pourrait-elle être annulée ce jeudi ?

Si Murielle Bolle est revenue sur ses déclarations initiales dès le 5 novembre 1984, ses propos figurent toujours au dossier judiciaire. Ils l’empoisonnent même depuis 35 ans maintenant. A tel point que Murielle Bolle a décidé de saisir la Cour de cassation. En février 2019, cette juridiction a reconnu que la garde à vue qu’elle avait subie en 1984 avait été effectuée en application de dispositions « anticonstitutionnelles », la jeune femme mineure n’ayant été épaulée par aucun avocat, par exemple.

En conséquence, la cour d’appel de Paris a été chargée de séparer le bon grain de l’ivraie à l’intérieur de la procédure. Lors d’une audience en décembre, les avocats de Murielle Bolle ont demandé que 198 passages ou extraits soient purement et simplement biffés. Car, outre les déclarations de Murielle Bolle, tous les actes qui ont directement découlé de sa garde à vue peuvent être supprimés. C’est ce que l’on nomme les « actes subséquents ».

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Quelles conséquences cela peut-il avoir sur la suite de la procédure ?

Pour Jean-Paul Teissonnière, l’avocat de Murielle Bolle, la décision qui sera rendue ce jeudi sera avant tout « symbolique ». Convaincu qu’une bonne partie des déclarations de sa cliente seront annulées, il estime qu’elles ne constituent aujourd’hui qu’un « aspect secondaire » du dossier, la vérité étant, selon lui, ailleurs.

Avocat historique des parents du petit Grégory, Thierry Moser pense, lui, qu’une disparition massive des déclarations du dossier serait « gênante pour la recherche de la vérité ». En l’espace de 35 ans, il a toutefois appris à être philosophe. « Cela fait longtemps qu’on a compris qu’on ne pourrait pas utiliser les déclarations de Murielle Bolle contre elle, lâche-t-il. Mais on souhaite qu’elles restent dans le dossier pour les utiliser contre d’autres personnes… »

Sans les citer, l’avocat pense notamment aux époux Jacob qui, à la faveur d’un rebondissement en 2017, avaient été mis en examen pour « enlèvement et séquestration suivis de la mort du petit Grégory ». du petit Grégory. Les enquêteurs avaient alors expliqué que le garçon de 4 ans avait été, selon eux, la cible d’un « acte collectif » mû par une vengeance à l’intérieur de la famille. Mais ces mises en examen avaient ensuite été annulées pour des raisons de procédure. Malgré tout cela, « on a toujours l’espoir que les investigations vont bientôt reprendre », martèle Thierry Moser.

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