Cinq ans de prison pour le pilote accusé d'avoir commandité des agressions sexuelles sur des fillettes

PROCÈS Tout au long de l’audience, Stephan L, soupçonné de s’être rendu complice d’agressions sexuelles sur des fillettes philippines sur Internet n’a eu de cesse de minimiser son implication

Caroline Politi

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La balance de la justice
La balance de la justice — LOIC VENANCE / AFP
  • C'est la première fois qu'un Français est jugé pour ce type de délit.
  • Il encourt 10 ans de prison pour «complicité d'agressions sexuelles»

« J’ai tout perdu dans cette histoire. » A l’entendre à la barre de la 15e chambre du tribunal correctionnel de Paris, on aurait presque le sentiment que Stephan L. est une victime. Victime de son mal-être, de ses pulsions ou de complices qui n’ont eu de cesse de le duper. Même d’Internet, sans quoi « rien ne serait arrivé ». Ce lundi, ce pilote de ligne de 50 ans, élégamment vêtu d’un costume bleu nuit, n’est pourtant pas sur le banc des parties civiles, mais bien sur celui des prévenus. Il est le premier Français à comparaître pour « complicité d’agressions sexuelles sur mineur », soupçonné d’avoir commandité, contre quelques dizaines d’euros, des attouchements sur des fillettes philippines par streaming vidéo.

Tout au long de l’audience, le prévenu n’a eu de cesse de minimiser son implication, d’éluder les questions ou de faire mine de ne pas en comprendre le sens. S’il reconnaît une « déviance » et le téléchargement d’images et de vidéos pédopornographiques – près de 15.000 fichiers ont été découverts sur son ordinateur – il se présente comme un « simple » consommateur, « boulimique » d’images. Derrière son ordinateur, Stephan L. se sentait comme « le témoin d’un film à la télévision ». Un film lugubre dans lequel des fillettes, parfois âgées de moins de trois ans, subissaient des actes confinant à la torture. Les enquêteurs spécialisés ont noté que parmi les images découvertes, certaines figurent parmi les plus dures connues. « Ce n’était que du visionnage », se défend le prévenu.

« Je vis un enfer »

Il aura fallu attendre un peu plus de trois heures pour que le prévenu fasse part de remords. « J’ai pu faire du mal, je m’en excuse. » Mais les regrets exprimés ont rapidement été chassés par une longue complainte sur son mal-être. « Depuis que ma femme m’a quitté, je vis un enfer. J’avais une famille, un travail, j’ai tout perdu », explique-t-il à la barre, omettant de préciser que sa compagne était partie après une première condamnation pour « détention d’images pédopornographique ». A plusieurs reprises, Stephan L. s’est comparé à un toxicomane, qui régulièrement cherche à décrocher puis retombe dans ses travers. « Quand on est accro à la drogue ou à l’alcool, on se détruit soi-même. Quand on est accro à la pédo-pornographie, cela passe par le viol d’une enfant », lâche la présidente.

La posture de passivité adoptée par Stephan L. s’est rapidement heurtée à la réalité du dossier. Les investigations ont mis en lumière des envois réguliers d’argent - environ 70 en quatre ans - vers les Philippines. A la barre, le mis en cause reconnaît avoir payé des shows pornographiques mais assure qu’il s’agissait « essentiellement » d’adultes. « Essentiellement ? », reprend la présidente. Se perdant dans ses explications, il admet avoir sollicité une dizaine de fois le « show » d’une fillette de dix ans tout en assurant qu’il s’agissait « uniquement » d’un strip-tease au cours duquel l’enfant simulait une scène de masturbation. « La réalité n’a jamais été dure, c’était des shows érotiques », insiste-t-il pour tenter de se disculper. « Il n’y a pas de souffrance, selon vous ? », reprend la magistrate.

« Il y a une différence entre la commande et la réalisation »

Les enquêteurs ont également exhumé des échanges, particulièrement crus et explicites, dans lesquels il demande à des complices, généralement des femmes, de pratiquer des pénétrations digitales sur des fillettes, parfois âgées de 8 ans. S’il ne nie pas avoir tenu ces propos, il explique avoir été la victime consentante d’un jeu de dupes, ses interlocuteurs se seraient servis de sa déviance pour lui extorquer de l’argent, le trompant sur la réalité des prestations, minimisant l’âge des jeunes filles ou changeant de personnes une fois la somme versée. « Il y a une différence entre la commande et la réalisation. On peut faire croire tout ce qu’on veut avec la mise en scène, les jeux de lumière », explique-t-il à la barre, affirmant ne jamais avoir obtenu ce qu’il avait demandé.

C’est bien là, la difficulté de cette affaire : les victimes philippines n’ont pas été retrouvées et il ne reste aucune image de ces shows en streaming. « S’il y a une chance sur 1.000 que ses instructions n’aient pas été suivies d’acte, vous devez le relaxer du chef de complicité d’agression sexuelle sur mineure », insiste son avocat, Me Arnault Bensoussan.

« Peu importe que cela ait été commandé à des milliers de kilomètres »

Au terme de près de dix heures d’audience, le tribunal a condamné Stephan L. à cinq ans de prison et dix ans de suivi socio-judiciaire, assorti d’une interdiction de se rendre en Asie. « Il n’était pas imaginable que des infractions aussi graves ne puissent être punies d’une peine de prison ferme. Vos échanges écrits étaient suffisamment graves », a estimé la présidente. Quelques heures auparavant, le procureur, dénonçant le « cynisme » et la « toute-puissance » dont faisait preuve le prévenu, avait requis 6 ans d’emprisonnement. « Pénétrer, toucher, humilier, peu importe que cela ait été commandé à des milliers de kilomètres. Pour [une fillette] il n’y a pas d’illusion, elle le subit », a-t-il insisté.