L’ombre de Michel Fourniret plane sur la marche en mémoire d’Estelle Mouzin, à Guermantes

REPORTAGE Eric Mouzin et ses proches ont défilé, ce samedi, en silence en mémoire d’Estelle, sa fillette de 9 ans, disparue à Guermantes le 9 janvier 2003

Vincent Vantighem

— 

Guermantes (Seine-et-Marne), le 11 janvier 2020. Eric Mouzin (au premier plan, à droite) mène la marche en souvenir de sa fille, Estelle, disparue le 9 janvier 2003.
Guermantes (Seine-et-Marne), le 11 janvier 2020. Eric Mouzin (au premier plan, à droite) mène la marche en souvenir de sa fille, Estelle, disparue le 9 janvier 2003. — V. VANTIGHEM
  • Estelle Mouzin, 9 ans, a disparu en sortant de l’école à Guermantes (Seine-et-Marne), le 9 janvier 2003.
  • En novembre 2019, le tueur en série Michel Fourniret a été mis en examen dans ce dossier pour « enlèvement et séquestration suivis de mort ».
  • Ce samedi, Eric Mouzin, le père d’Estelle, a mené la traditionnelle marche silencieuse en mémoire de sa fillette.

De notre envoyé spécial à Guermantes (Seine-et-Marne),

« Allée du temps perdu. » La petite esplanade de Guermantes (Seine-et-Marne) n’a jamais aussi bien porté son nom. Au grand dam d’Eric Mouzin qui, ce samedi, a mené une marche silencieuse en mémoire de sa fille, Estelle, aperçue pour la dernière fois, le 9 janvier 2003, à cet endroit précis. Juste devant la boulangerie. Pas très loin de l’école primaire.

Le temps a été perdu car il a fallu attendre novembre 2019, quasiment 17 ans après les faits, pour qu’un homme soit mis en examen pour « enlèvement et séquestration suivis de mort ». Et car ce n’est pas d’un illustre inconnu dont on parle, mais bien du tueur en série Michel Fourniret.

Certes, « l’ogre des Ardennes » n’est pas passé aux aveux dans ce dossier. « Mais la juge Sabine Khéris considère qu’il y a des charges suffisantes pour l’incriminer, a rappelé Eric Mouzin lors de l’assemblée générale de l’association qui porte le nom de sa fille. C’est aujourd’hui la piste la plus sérieuse... »

Lors du rassemblement en souvenir d'Estelle Mouzin, à Guermantes, en janvier 2020.
Lors du rassemblement en souvenir d'Estelle Mouzin, à Guermantes, en janvier 2020. - V. VANTIGHEM

Quand le tueur dit qu’il a le « cul merdeux »

Michel Fourniret n’est pas venu à l’esprit des enquêteurs un beau jour de 2019. Cela fait des années qu’ils se demandent s’il ressemble vraiment à l’homme dont un portrait-robot avait été dressé à l’époque, et si c’était sa camionnette blanche qui avait été signalée. Mis hors de cause une première fois en 2007, le tueur est revenu dans le dossier à la faveur de nouveaux éléments.

Il y a d’abord eu le témoignage d’un de ses anciens collègues, qui s’est souvenu tardivement l’avoir croisé dans le secteur de Guermantes quelques jours avant la disparition d’Estelle. Et il y a surtout les déclarations de Monique Olivier, son ex-femme, qui, en novembre, a mis à mal l’alibi dont il disposait jusqu’alors dans ce dossier. Et puis la juge Khéris a pu être confortée par les propos de Fourniret lui-même, qui lui a raconté que s'il manquait de souvenirs précis, c’est peut-être parce qu’il avait « le cul merdeux » au sujet de la disparition de la fillette. Et qu’il s’agissait là d’un sujet « à creuser »…

Eric Mouzin ne veut plus prononcer le nom de Fourniret

« C’est terrible qu’il ait fallu attendre pour en arriver là. Mais on est passé à un autre temps de l’enquête, s’est réjoui Didier Seban, l’un des avocats d’Eric Mouzin qui a pris part à la marche. On a aujourd’hui une juge qui est décidée à mettre les moyens pour trouver la vérité. »

Analyses génétiques, anthropologiques, exploitation nouvelle des scellés et des relevés téléphoniques de l’époque, auditions et confrontations : Eric Mouzin a prévenu les 119 adhérents de l’association que l’année qui s’ouvre devrait donner lieu à de nombreuses « informations » au sujet d’Estelle. Il les a aussi informés qu’il ne prononcerait dorénavant plus le nom de Michel Fourniret.

« C’est un être malfaisant et pervers. Il existe malheureusement. Mais en prison, on lui donne un numéro. C’est sûr qu’on lui dénie son humanité. Mais ce n’est que ce qu’il mérite… »