Grève contre la réforme des retraites : Nicole Belloubet conspuée par des avocats à la Cour de cassation

CONTESTATION En lutte contre la réforme des retraites, les avocats ont tenté de voir Nicole Belloubet, la ministre de la Justice, alors qu’elle se rendait à la Cour de cassation, ce vendredi matin

Vincent Vantighem

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Paris, le 10 janvier 2020. Les avocats jettent leur robe en signe d'opposition au projet de réforme des retraites, voulue par le gouvernement.
Paris, le 10 janvier 2020. Les avocats jettent leur robe en signe d'opposition au projet de réforme des retraites, voulue par le gouvernement. — V. VANTIGHEM
  • Nicole Belloubet, la ministre de la Justice, s’est rendue, ce vendredi matin, à l’audience solennelle de rentrée de la Cour de cassation.
  • A cette occasion, plusieurs centaines d’avocats ont bruyamment manifesté pour faire entendre leur opposition à la réforme des retraites.
  • La ministre a été protégée par un imposant dispositif de sécurité et est restée impassible face à la manifestation.

Les premiers regards transpiraient l’inquiétude. Il était 9h30 et la salle des pas perdus de la cour d’appel de Paris semblait, alors, bien trop vaste pour les rares avocats qui déambulaient, la robe sous le bras, comme si de rien n’était. Dans le coin gauche – celui de la chambre où furent jugés Dominique de Villepin ou Marie-Antoinette – l’escadron de gendarmes prenait ses ordres au même moment. Et il était, lui, bien plus fourni. Les militaires ne se doutaient sans doute pas qu’ils devraient, deux heures plus tard, former une mêlée comme au rugby pour contenir les « robes noires » bien remontées contre le projet de réforme des retraites.

Il faut dire qu’à 9h45, seuls 82 avocats étaient inscrits sur la page Facebook de cette action lancée par le barreau de Seine-Saint-Denis. Mais à 11h30, ils étaient des centaines à hurler « Belloubet démission ! » dans l’espoir de se faire entendre de la ministre de la Justice, présente dans la Cour de cassation voisine pour l’audience de rentrée solennelle. Les cris ont bien franchi les lourdes portes de la plus haute juridiction française mais pas suffisamment pour interrompre les discours. La garde des sceaux est restée, quant à elle, impassible. Comme si de rien n’était.

Les avocats s’allongent sur le carreau puis jettent leurs robes

Longtemps, les avocats ont pourtant cru qu’ils pourraient lui parler. Qu’ils pourraient lui expliquer (encore) que ce projet de loi est « injuste » comme le résume Léon, un pénaliste de 30 ans. « La réforme prévoit de faire passer nos cotisations de 14 à 28 % de nos revenus, explique-t-il. Il y aura forcément une répercussion sur le montant de nos honoraires. Sans parler des plus petits cabinets qui vont fermer… »

Pour illustrer ce phénomène, Olivier Cousi, le nouveau bâtonnier de Paris juché en haut des marches de la salle des pas perdus, a invité tous ses confrères à s’allonger sur le carreau bras en croix, pour dénoncer cette réforme qui va « tuer » la profession. Dans un geste symbolique fort, en passe de devenir un signe de ralliement depuis que les avocats de Caen (Calvados) l’ont utilisé, les avocats ont alors jeté leurs robes par terre, dans un immense brouhaha.

Elle tape sur un saladier en inox pour rameuter ses confrères

L’action était joyeuse et réussie. Et à ce moment-là, chacun aurait pu reprendre son activité normale (après un temps considérable consacré à rejoindre son travail en raison de la grève dans les transports). Mais pour certains avocats, ce n’était clairement pas suffisant. Il y a d’abord eu celle qui a tenté d’embarquer plusieurs de ses confrères pour « montrer le nombre » à la caméra de BFM TV. Ceux qui se sont mis à haranguer la foule en montant sur les bancs. Celle aussi, plus originale, qui s’est mise à taper consciencieusement sur un saladier en inox avec une cuillère en plastique…

Impossible de savoir comment, mais toute cette troupe s’est retrouvée en quelques minutes dans le couloir voisin pour tenter de forcer le passage vers la Cour de cassation. Comme prévu, les gendarmes mobiles ont alors formé un cordon pour les en empêcher. Un jeu de chat et de souris s’est alors engagé dans les couloirs du palais, ponctué de nombreux slogans : « C’est notre tribunal ! », « On veut passer ! »

Et le classique : « Belloubet, si tu savais, si tu savais la réforme où on se la met ! » Au cas où ce n’est pas le cas, la ministre pourrait vite le savoir : selon nos informations, une réunion de négociations pourrait avoir lieu, dès lundi, entre son cabinet et les représentants des avocats.