Paris : Un homme soupçonné d’avoir commandité des agressions sexuelles sur des fillettes en streaming

PROCÈS Stephan L. est soupçonné d’avoir payé des complices aux Philippines pour qu’ils agressent des fillettes selon un scénario qu’il dictait

Caroline Politi

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Un homme devant un ordinateur (image d'illustration)
Un homme devant un ordinateur (image d'illustration) — ASIF HASSAN / AFP
  • Stephan L., âgé de 50 ans, est soupçonné d’avoir sollicité des attouchements sur des fillettes philippines via webcam.
  • Au cours de l’instruction, il a reconnu avoir téléchargé des images pédopornographiques mais pas avoir sollicité des agressions sexuelles.
  • C’est la première fois qu’un Français est jugé pour ce type de délit.

 

Côté pile, il y a ce pilote de ligne de 50 ans qui partage sa vie entre Singapour, où se trouve le siège de sa compagnie, et la France. Un père de famille, divorcé, décrit comme particulièrement compétent, plutôt brillant et avenant. Côté face, il y a ce consommateur compulsif d’images pédopornographiques – lui-même se compare à un toxicomane –, qui comparaît ce lundi devant le tribunal correctionnel de Paris, pour « complicité d’ agressions sexuelles » sur des fillettes philippines. Il est soupçonné d’avoir commandité des attouchements via webcam. Pour quelques dizaines d’euros, des complices réalisent les fantasmes pervers de leurs clients. « Nous sommes en présence d’une forme moderne de barbarie sexuelle avec des victimes de plus en plus jeunes et des prédateurs sans état d’âme », s’insurge Alex Ursulet, avocat de l’Association contre la prostitution des enfants (ACPE), partie civile.

Tout démarre en 2012, au détour d’une vaste enquête menée par le FBI sur plusieurs forums pédophiles. En 2013, un rapport d’Europol informe l’Office central pour la répression des violences faites aux personnes (OCRVP) de l’activité d’un certain « Benjibenji » particulièrement actif sur le Dark Web. Derrière ce pseudonyme se cache Stephan L., déjà connu de la justice pour avoir été condamné en 2003 à un an d’emprisonnement et trois ans de sursis avec mise à l’épreuve pour détention d’images pédopornographiques. Rapidement, les enquêteurs exhument des dizaines de virements – 30 euros en moyenne – vers les Philippines mais le suspect, qui réside en Asie, n’est interpellé qu’en août 2014 lors d’un passage en France.

« J’adore cet âge »

En garde à vue, Stephan L. ne nie pas avoir téléchargé près de 15.000 images et 467 vidéos pédopornographiques – dont certaines montrant des fillettes de moins de 3 ans victimes d’agressions qui confinent à la torture – mais nie s’être rendu complice de viols ou d’agressions sexuelles derrière son écran. Il reconnaît nourrir un fantasme autour de la pédophilie mais assure que ses « barrières morales » l’empêchent de passer à l’acte. Quid des virements ? Il s’agissait, selon lui, de payer des shows pour adultes ou parfois, simplement, d’aider financièrement des familles. Tout juste reconnaît-il avoir sollicité le strip-tease d’une fillette de 10 ans. Mais le suspect minimise son geste et sa démarche proactive : à l’en croire, il a aperçu l’enfant lors d’un show pour adultes et lui en a alors demandé un.

Les enquêteurs ont pourtant découvert dans son ordinateur de nombreuses conversations dans lesquelles il demande à des complices, des femmes généralement, de pratiquer des pénétrations digitales sur des fillettes prépubères. « J’adore cet âge », se réjouit-il lorsqu’une de ses interlocutrices lui précise que sa victime n’a que 8 ans. Interrogé sur ces conversations en ligne, le prévenu assure que ses demandes n’ont jamais été satisfaites, tout au plus avait-il droit à une simulation. « Il ne faut pas voir dans ces messages des preuves. Il y a, dans ce milieu, beaucoup de jeux de rôle, de duperies qui participent à une fantasmagorie », assure son avocat Me Arnault Benssoussan, qui précise néanmoins que son client a « fait un grand chemin en détention » sur son addiction à la pédopornographie.

Une première en France

Toute la difficulté de ce dossier réside dans la fait qu’il n’existe pas d’images de ces vidéos en streaming et que les victimes philippines n’ont pas été retrouvées. Les discussions exhumées par les enquêteurs, aussi crues et explicites soient-elles, n’ont pas, selon les magistrats instructeurs, permis de « déterminer la réalité des attouchements de nature sexuelle » ni de « démontrer la réalité d’un acte de pénétration », raison pour laquelle seule la complicité d’agressions sexuelles a été retenue.

Déçue de ne pas avoir obtenu un procès aux assises, la présidente de l’ACPE, Armelle Le Bigot-Macaux, espère néanmoins faire de cette affaire un symbole. « Ce sont des affaires encore très rares mais elles sont amenées à se développer, prédit la présidente de l’ACPE, les prédateurs commandent ces agressions sans avoir à bouger de chez eux, ils se sentent protégés par leur écran. » Si plusieurs affaires de ce type sont en cours d’instruction, Stephan L. est en effet le premier Français à être jugé dans une affaire de cette nature. Il encourt dix ans de prison.