Attentats de janvier 2015 à Paris : « Le procès, c’est d’abord l’histoire des victimes, mais c’est aussi notre histoire à tous »

INTERVIEW Cinq ans après l’attaque contre le journal satirique « Charlie Hebdo » et de l’Hyper-Cacher, les parties civiles se préparent au long procès qui doit s’ouvrir le 4 mai prochain

Propos recueillis par Hélène Sergent

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Il y a cinq ans, deux terroristes commettaient un attentat contre la rédaction du journal satirique Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015.
Il y a cinq ans, deux terroristes commettaient un attentat contre la rédaction du journal satirique Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015. — LIONEL URMAN/SIPA
  • Marie-Laure Barré, avocate pénaliste, représente une vingtaine de parties civiles dans le dossier des attaques de janvier 2015.
  • Au total, les magistrats du parquet antiterroriste de Paris ont renvoyé quatorze personnes devant la cour d’assises spéciales.
  • Elles seront jugées à partir du 4 mai prochain lors d’un procès qui durera trois mois.

Cinq ans après l’attaque terroriste commise contre le journal satirique Charlie Hebdo, c’est une année charnière qui vient de démarrer pour les victimes et leurs proches. À partir du 4 mai prochain et jusqu’au 10 juillet, le procès de quatorze personnes, soupçonnées d’avoir participé à la préparation de ces attentats, s’ouvrira.

Pour l’avocate d’une vingtaine de parties civiles, Marie-Laure Barré, ce moment est à la fois très attendu et redouté par celles et ceux qui ont été touchés dans ces attaques. Et ce malgré l’absence des trois terroristes à l’origine des attentats, tous tués lors des opérations de police menées le 9 janvier 2015.

Marie-Laure Barré est l'avocate d'une vingtaine de parties civiles dans le dossier des attaques terroristes de janvier 2015.

Comment les parties civiles appréhendent-elles cette année qui vient de débuter, sur le plan judiciaire ?

C’est difficile de faire une seule et même réponse pour l’ensemble des parties civiles que je représente. Parmi la vingtaine de proches de victimes ou de victimes, toutes appréhendent ce procès différemment, certaines avec angoisse, d’autres ont beaucoup d’attentes. Le travail préparatoire réalisé par les magistrats et les enquêteurs, qui ont mis en place une réunion annuelle au cours de laquelle ils communiquaient aux parties civiles les avancées de leur enquête, a été très important. Cela permet aux victimes et à leurs proches de savoir qui sont les personnes renvoyées devant la cour d’assises, pour quels types de faits et d’avoir ainsi une bonne perception de l’ensemble du dossier avant que le procès ne démarre.

Qui sont les quatorze personnes qui seront jugées à Paris à partir du 4 mai ?

Parmi les quatorze accusés, onze seulement seront présents puisque trois sont encore en fuite. Parmi eux, la majorité est renvoyée devant la cour d’assises spécialement composée pour « association de malfaiteurs terroriste ». Un seul est renvoyé pour complicité d’assassinats terroristes. Les faits qui leur sont reprochés concernent la recherche et la fourniture d’armes, de voitures, de soutiens financiers avec des escroqueries sur des voitures volées. Bref, essentiellement des éléments qui relèvent de la logistique des attaques menées en janvier 2015. Les auteurs sont décédés, et on a très peu d’éléments sur les commanditaires. Les frères Kouachi, contrairement à Amedy Coulibaly, ne fonctionnaient pas sur un modèle délinquantiel habituel, on a très peu d’éléments de téléphonie mobile ou de traces numériques.

Comment les parties civiles se préparent-elles au procès, à la pression médiatique et aux attentes de la société tout entière qui entourent cette audience ?

C’est un point compliqué. Le procès de ces attaques, c’est surtout et d’abord l’histoire de ces gens-là, mais c’est aussi notre histoire à tous. Cela fait cinq ans que les victimes de Charlie Hebdo sont très exposées médiatiquement, alors certains se protègent, d’autres acceptent de parler mais la majorité essaie de prendre de la distance. Quant à l’organisation pratique de ce procès, il n’y a pas encore eu de réunions préparatoires. À l’approche de l’audience, les magistrats nous remettrons un planning détaillé pour que chaque partie civile puisse s’organiser. Certaines m’ont d’ores et déjà fait savoir qu’elles comptaient assister aux trois mois d’audience, d’autres ne souhaitent pas venir du tout. Ce procès sera dans tous les cas un moment important pour elles. Elles auront la possibilité de s’exprimer, de raconter quelles ont été les conséquences de ces attaques dans leur vie, de dire leurs souffrances. La cour d’assises évidemment est là pour juger les accusés, mais elle est aussi là pour écouter les parties civiles. Et les personnes présentes dans le box devront les entendre.