Affaire Lévothyrox : Un deuxième round ce mardi devant la cour d'appel de Lyon

JUSTICE Plus de 3.000 plaignants, déboutés en première instance de leur action contre le laboratoire Merck, ont fait appel

Caroline Girardon
La cour d'appel de Lyon examine le 7 janvier le recours de 3.300 plaignants dans l'affaire du Levothyrox.
La cour d'appel de Lyon examine le 7 janvier le recours de 3.300 plaignants dans l'affaire du Levothyrox. — REMY GABALDA / AFP
  • La cour d’appel de Lyon examinera à partir de ce mardi le recours de plus de 3.000 malades de la thyroïde.
  • Estimant que le laboratoire Merck ne les avait pas prévenus du changement de formule du Lévothyrox, ils avaient saisi le tribunal d’instance de Lyon avant d’être déboutés au mois de mars.

Un second round très attendu. La cour d’appel de Lyon examinera dès ce mardi après-midi le recours de plusieurs milliers de malades de la thyroïde ayant pris du Lévothyrox. En mars dernier, plus de 4.000 plaignants, ayant attaqué le laboratoire Merck pour « défaut d’informations » sur le changement de formule du médicament, avaient été débouté par le tribunal d’instance de Lyon : 3.300 ont fait appel depuis. Les 800 autres ont renoncé, n’ayant « plus confiance dans la justice », selon leur avocat Christophe Lèguevaques.

Dans son jugement du 5 mars, le tribunal avait estimé que le géant pharmaceutique n’avait commis aucune faute. Aucun manquement. Selon les magistrats, la notice du nouveau médicament était limpide, contenant des informations « suffisamment précises et pertinentes » à l’égard des patients. Mais eux n’en démordent pas : le changement de formule, qui a entraîné d’importants effets secondaires (fatigue, maux de tête, insomnies, vertiges etc.), aurait dû être mis en avant.

41 millions d’euros d’indemnités réclamés

« Ils auraient pu coller une étiquette sur les boîtes stipulant : Nouvelle Formule », confiait, il y a quelques mois à 20 Minutes, Elizabeth, l’une des plaignantes, précisant qu’au bout de 30 ans de traitement, elle avait perdu l’habitude de « regarder chaque jour la notice pour vérifier si la composition a changé ».

Chaque patient réclame une indemnisation à hauteur de 10.000 euros, soit plus de 41 millions d’euros. « Pour un groupe comme Merck, ce n’est pas grand-chose. Cela sera avant tout symbolique… Mais lourd de conséquences », estimait au mois de mars Christophe Lèguevaques, avocat du collectif.

« Notre position n’a pas changé. Nous avons la certitude d’avoir respecté le cadre réglementaire. On est même allé au-delà en procédant à 300.000 actes de communication et d’information auprès de 100.000 professionnels de santé », estime Florent Bensadoun, le directeur juridique du laboratoire, interrogé par l’AFP. Il s’appuie notamment sur les résultats d’une enquête menée en juin dernier par l’Agence du médicament auprès de deux millions de patients et révélant que le passage à la nouvelle formule du Lévothyrox n’a « pas engendré de problèmes de santé grave ».

Un volet pénal instruit à Marseille

Pour le laboratoire, les remontées d’effets indésirables du nouveau médicament sont aujourd’hui « normales et comparables à l’ancienne ». La France a été la première à l’utiliser. Depuis, il a été mis sur le marché dans une quinzaine d’autres pays européens.

L’audience de ce mardi est indépendante du volet pénal du dossier qui est instruit à Marseille où une information judiciaire a été ouverte pour des faits présumés de tromperie aggravée, homicide et blessures involontaires et mise en danger de la vie d’autrui. L’enjeu du procès en appel sera de savoir si les juges estiment que la dignité des malades a été bafouée.