Des rassemblements à Paris et Marseille pour réclamer « justice » pour Sarah Halimi

MOBILISATION Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées dimanche à Paris et Marseille pour réclamer « justice » pour la sexagénaire juive tuée en 2017

20 Minutes avec AFP

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Sarah Halimi, une sexagénaire juive, a été tuée en 2017
Sarah Halimi, une sexagénaire juive, a été tuée en 2017 — Thibaut Chevillard

Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées dimanche à Paris et Marseille pour réclamer « justice pour Sarah » Halimi, une sexagénaire juive tuée en 2017, et pour exiger un procès pour son meurtrier présumé, déclaré pénalement irresponsable.

Le 19 décembre, la cour d’appel de Paris a déclaré Kobili Traoré, mis en examen pour le meurtre, pénalement irresponsable. Les juges ont estimé que ce consommateur de cannabis était alors en proie à une « bouffée délirante ». Il ne pourra donc pas être jugé aux assises. Cette décision a provoqué la colère des parties civiles et de représentants de la communauté juive.

« Incohérences et les dysfonctionnements »

« Justice pour Sarah » ont scandé plusieurs centaines de manifestants réunis Place de la République à Paris, tandis que d’autres, venus en scooters et motos, faisaient retentir leurs klaxons. Autour du socle de la statue, une banderole proclamait : « Sarah tuée car juive ».

A la tribune, William Attal, le frère de Lucie Attal, la victime, – aussi appelée Sarah Halimi – a dénoncé les « incohérences et les dysfonctionnements » à ses yeux de l’enquête menée depuis deux ans, jugeant que sa sœur avait été victime d'« un crime religieux antisémite ».

Muriel Ouaknine Melki, l’avocate de William Attal, a qualifié la décision du 19 décembre de « décision de la honte », réclamant un procès aux assises. L’écrivain Marek Halter, lui aussi présent au rassemblement parisien, a mis en garde contre une décision qui pourrait, selon lui, « introduire une nouvelle jurisprudence ».

A Marseille, ce sont 2.500 personnes selon la police qui ont défilé de la préfecture au Palais de justice, brandissant des pancartes ironiques : « fume des joints, il t’arrivera rien ». Parmi eux, de nombreux élus, dont plusieurs candidats aux municipales de mars.

« Je suis très inquiet de cette décision de justice qui vient d’être prise (…) Face à une situation aussi injuste, si tout le monde peut se retrouver derrière la bannière bleu-blanc-rouge, c’est tant mieux ! », a estimé Renaud Muselier, président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

« Je ne pouvais pas rester chez moi aujourd’hui »

Un pasteur évangélique, Frédéric Baudin, est venu exprimer son « soutien » aux juifs : « Je m’indigne avec vous de l’absence de procès et de jugement », a-t-il lancé à la foule. Léa, la soixantaine, était venue en famille pour ce rassemblement, « en tant que juive et en tant que citoyenne ». « Il a massacré Sarah Halimi, il l’a défenestrée, et tout ça dans l’indifférence ? Je ne pouvais pas rester chez moi aujourd’hui », a-t-elle expliqué.

Fin décembre, le grand rabbin de France Haïm Korsia, qui ne participait pas au rassemblement dimanche, avait rendu publique une lettre ouverte adressée à la ministre de la Justice Nicole Belloubet, s’indignant que le « suspect puisse échapper à la justice » et craignant que cette décision ne revienne à délivrer « un permis de tuer les juifs ».

S’appuyant sur plusieurs expertises, la cour d’appel avait estimé en décembre qu’il existait « des charges suffisantes contre Kobili Traoré d’avoir (…) volontairement donné la mort » à Sarah Halimi, avec la circonstance aggravante de l’antisémitisme, tout en le déclarant « irresponsable pénalement en raison d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ».