Prostitution : 250 travailleurs du sexe saisissent la CEDH contre la loi de 2016

PENALISATION Depuis 2016, les clients encourent une amende de 1.500 euros, pouvant aller jusqu’à 3.750 euros en cas de récidive, parfois complétée par un stage de sensibilisation

20 Minutes avec AFP
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Deux femmes se livrant à la prostitution. Illustration.
Deux femmes se livrant à la prostitution. Illustration. — F. Elsner / 20 Minutres

Soutenus par une vingtaine d’associations, près de 250 travailleurs du sexe ont saisi la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH), ce jeudi, pour réclamer l’abrogation de la loi de 2016 pénalisant les clients de prostituées, ont-ils annoncé.

En février dernier, ils avaient été déboutés par le Conseil constitutionnel, à qui ils avaient demandé de revenir sur cette loi qu’ils jugent attentatoire à la « liberté d’entreprendre » et à la « liberté sexuelle » et dangereuse pour la santé et les droits des travailleurs du sexe.

Le délit de racolage remplacé par la verbalisation des clients

« Depuis des années, les travailleurs et travailleuses du sexe alertent sur les conséquences dramatiques de la pénalisation des clients​ et des politiques répressives à leur endroit », expliquent les 250 travailleurs du sexe et 19 associations dont Act Up, Aides, Inter-LGBT, le Planning familial, le Syndicat du travail sexuel (Strass), le Sidaction et Médecins du Monde, dans un communiqué.

Estimant qu’en France le gouvernement et les institutions « nient leur vie » et « restent sourds aux violences de leur politique », ils annoncent « attaquer l’Etat » devant la CEDH pour obtenir l’abrogation de la « dangereuse » loi de 2016. Cette dernière a abrogé le délit de racolage, remplacé par la verbalisation des clients – avec une amende de 1.500 euros pouvant aller jusqu’à 3.750 euros en cas de récidive –, parfois complétée par un stage de sensibilisation.

Baisse de revenus et hausse des agressions

Mais au quotidien, selon les associations qui la dénoncent, elle a fait baisser les revenus des travailleurs du sexe et les a obligés à accepter des rapports non protégés ou à exercer dans des endroits plus isolés où ils sont davantage exposés aux agressions. « Il est urgent que le sacrifice des travailleurs et travailleuses du sexe sur l’autel de la moralité cesse ! », soulignent les signataires du communiqué.

Outre l’abrogation de la loi, ils demandent davantage de moyens pour lutter « contre toutes les formes de violences », « accompagner effectivement les personnes en difficulté dans toutes les dimensions sociales, sanitaires et juridiques » et « garantir une réorientation de carrière pour les personnes qui le souhaitent ».