Rennes : Deux policiers condamnés pour avoir racketté un puissant patron de bars

EXTORSION Les deux hommes recevaient de l’argent pour tenter d’éviter les fermetures administratives des établissements de nuit

Camille Allain

— 

Des policiers interviennent dans un bar de la place des Lices, à Rennes.
Des policiers interviennent dans un bar de la place des Lices, à Rennes. — C. Allain / 20 Minutes
  • Deux policiers et leur complice ont été condamnés à des peines de prison pour avoir racketté un patron de bar de Rennes.
  • Le patron aurait remis 32.000 euros pour tenter d’éviter les fermetures administratives de ses établissements.
  • Le principal prévenu a été condamné à trois ans de prison ferme. Il est recherché par les forces de l’ordre.

C’est l’un des patrons de bars les plus puissants de Rennes. Propriétaire d’une bonne partie des bistrots de la place Sainte-Anne, Monsieur O. n’était pas présent mardi dans la salle d’audience du tribunal correctionnel. Son avocate a expliqué qu’il craignait de recroiser la route de ceux qui l’ont racketté pendant près de deux ans. En 2014, il avait porté plainte contre plusieurs policiers qu’il accusait de lui avoir extorqué de l’argent en échange d’une aide pour éviter les fermetures administratives. Deux anciens policiers et leur complice ont été condamnés mardi pour corruption et trafic d’influence.

Le principal agent concerné n’était pas présent non plus. Même son avocat a dû s’éclipser. « Je n’ai pas de mandat pour le défendre », évoque Me Frédéric Birrien. Placé sous contrôle judiciaire, Eric R. n’a pas donné signe de vie depuis un an et demi. Nommé à l’été 2011 au commissariat de la rue de Penhoët, à côté de la place Sainte-Anne, l’ancien flic en charge des débits de boissons avait été interpellé avec 1.000 euros en liquide après une rencontre avec le patron de bar. Ce dernier subissait « des pressions » de la part du policier, qui menaçait l’activité de ses bars. « Moi j’arrête tout et ton bar L’Hacienda, il va fermer deux mois », a-t-il déclaré dans une conversation enregistrée par la partie civile et diffusée lors de l’audience.

« Des ripoux » qui auraient perçu 32.000 euros

Confronté à plusieurs fermetures administratives, le patron de bar aurait fait appel à une connaissance pour tenter de trouver un moyen de calmer la situation. Cet intermédiaire, un Turc surnommé Charly, lui présente un ami policier qui exerce à Rennes. En échange d’argent, le fonctionnaire quasiment en retraite lui promet d’intervenir auprès de la préfecture pour tenter d’adoucir les sanctions, notamment grâce à son collègue en charge des débits de boissons. En deux ans, ces trois hommes auraient perçu plus de 32.000 euros des mains du patron de bar. « Il a fait preuve de courage en portant plainte contre des policiers. On n’imaginerait pas que ça puisse arriver à Rennes », estime son avocate Me Florianne Peigne, qui n’hésite pas à qualifier les policiers de « ripoux ».

Révoqué depuis sa mise en examen, le principal policier concerné a été condamné à trois ans de prison ferme. Un mandat d’arrêt a été lancé à son encontre. Son collègue, aujourd’hui en retraite, nie sa participation mais sa voix a été identifiée par les enquêteurs de l’IGPN sur les enregistrements audio. « Pourquoi il a enregistré les conversations ? Il y a beaucoup de tenanciers de bars qui ont été entendus. Aucun ne mentionne mon client », tente d’argumenter l’avocate du timide policier Me Marie Kervennic. Il a été condamné à six mois de prison avec sursis.

Les demandes de dommages et intérêts refusées

Quant au complice, il s’est défendu comme il a pu mais son casier judiciaire bien fourni et son incarcération n’ont pas joué en sa faveur. Il a été condamné à trois mois de prison avec sursis. « Monsieur O., c’était un ami, j’ai même été faire un stage de formation à sa place pendant une semaine, il m’avait donné 2.000 euros », assure Charly. Une démarche curieuse mais confirmée par le patron lors de ses auditions. « C’est monsieur O. qui a demandé l’intervention des policiers pour éviter les fermetures ! Et aujourd’hui, il vient demander des dommages et intérêts ? Qu’il se taise ! », assène son avocate Me Marine Gravis. Le tribunal a débouté la partie civile de ses demandes de dommages et intérêts. Le patron possède aujourd’hui une quinzaine d’affaires à Rennes.